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Monsieur Henri raconte (jusqu’au 29 avril)

le  17/02/2025   au Funambule Montmartre, 53 rue des Saules 75018 Paris (lundi et mardi à 19h ou 21h)

Mise en scène de Lucas Gonzalez avec François Piel-Flamme écrit par François Piel-Flamme d’après Henri Guillemin




Lorsque Monsieur Henri arrive sur scène, il surgit ou plutôt bondit depuis la salle. C’est qu’il en a des choses à nous narrer lors de cette conférence qu’il consacre en ce lundi à un sujet capital : « histoire du centre gauche, de Judas à Manuel Valls ». Dés l’ouverture de cette fausse causerie, le ton est donné : « s’il y a quelqu’un de droite dans la salle, ne nous quittez pas. Mais s’il y a quelqu’un de gauche, sachez que l’on va essentiellement parler lâcheté et trahison ».
C’est sous l’égide du « Comité Anti-Propagande » que Monsieur Henri, lunettes, costume élimé et bretelles nous parle, ou mieux, nous édifie. Commençant par la Genèse, il nous présente la première assemblée du centre gauche, « Jésus Christ, le paléo Che Guevara de Judée, 11 membres de la CGT et un membre de la CFDT (Judas) ». Ce centre gauche, c’est peu de dire que Monsieur Henri le critique : il le crucifie littéralement, notamment lorsqu’il évoque la Révolution Française « et le petit peuple (une horde d’analphabètes qui crèvent la dalle) armé par la bourgeoisie [pour attaquer] un symbole ».
C’est bientôt au tour de Robespierre de passer au rouleau compresseur du récit de Monsieur Henri - « voix de fausset, multiples balais dans le cul » -, puis vient Mme de Staël - « fille à papa du banquier suisse Necker, proto féministe ». Ca va vite, très vite, trop vite peut-être pour le cancre en histoire qui se planque au fond de la salle et peine à répondre lorsque Monsieur Henri le sollicite sur un point d’histoire. Mais qu’importe, on avance, on avance et bientôt Adolphe Thiers s’annonce, « l’arriviste de Marseille ». Lui, est laminé, haché menu par l’analyse de Monsieur Henri, mais on lui pardonne car son personnage est enfiévré et dévoré par son envie de communiquer une analyse de l’histoire qui lui est toute personnelle. D’autres viendront encore et aucune des icones de la République ne sera épargnée par la faux du pseudo historien.
Pour écrire ce spectacle, François Piel-Flamme s’est largement inspiré des conférences télévisées d’Henri Guillemin, un écrivain et historien qui connut une grande notoriété entre 1962 et 1982 grâce à ses conférences télévisées diffusées sur les chaines suisse et luxembourgeoise, et désormais sur le net. De l’auteur que l’on qualifia de polémiste, il a gardé l’enthousiasme, qu’il transforme en folie. On admire aussi le sens de l’iconoclastie de l’auteur-comédien qui réjouit tout autant qu’il interroge, tant l’outrance du propos fait flancher nos certitudes historiques, basées sur un chancelant château de sable scolaire.
Délirant, extrême, instructif, le show de Monsieur Henri bouscule et enthousiasme par son style unique. Que l’on rassure ceux qui craindraient un unilatéralisme de la pensée : si le lundi, Monsieur Henri règle son compte à la gauche, le mardi aussi : il monte sur le ring pour tabasser la droite, sous le titre « quand la droite se lâche, de Néron à Marine Le Pen ». Et comme l’annonce lui-même le comédien en fin de spectacle, « c’est nettement moins exigeant intellectuellement ».

Eric Dotter



 
 
 
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