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- BD : Les grandes personnes - récits du naufrage de la Belle Héloise - de Téhem aux éditions Dargaud
le 16/01/2026
Jeune bourgeois autoritaire et imbu de lui-même, Emilien a négligé les conseils avisés du capitaine de son navire négrier, la sentence est sans apppel : "à cause de son insondable bêtise", la cargaison, le bateau, son capital, "tout est perdu", emporté dans un naufrage et par les flots démontés. Emilien parvient à s'enfuir en embarquant dans une chaloupe...dans laquelle s'est également réfugiée une vieille esclave, Prudence. Cet étrange duo échoue, miraculeusement indemne, sur une île luxuriante. Quelle chance pour le négrier ! Sauf que cet éden tropical foisonne d'une végétation étrange... et qu'il est peuplé d'une tribu de géantes ! La fatuité d'Emilien tourne court : il est capturé et asservi. La débrouille et l'humanité de Prudence lui assurent au contraire protection et liberté. C'est entre ses mains que repose maintenant le sort d'Emilien...
Dans l'esprit des « Voyages de Gulliver » de Jonathan Swift, version modernisé avec une histoire survivaliste merveilleuse, ces « Récits du naufrage de la Belle Héloïse » par Téhem sont une fable parfois cruelle, souvent drôle et toujours juste sur l'altérité, la rencontre, les rapports de domination et la vie avec l'autre. Un thème cher à l'auteur, puisqu'il l'a déjà abordé par le prisme de l'esclavage dans plusieurs ouvrages. Dans ce récit complet, Téhem s'éloigne de la trame historique de Vingt décembre, par exemple, pour s'ancrer dans un ailleurs peuplé de géants et d'étranges créatures, que vont côtoyer Emilien, riche bourgeois esclavagiste, et Prudence, vieille esclave noire. Les évènements - et donc les interactions entre les protagonistes - vont tour à tour être relatés par Emilien, Prudence, Majé, une des géantes, et Jélé, la fille de cette dernière, ce qui amène le lecteur à s'interroger sur la façon dont il perçoit et considère l'autre - le différent. L'épilogue, qui porte la morale de cette histoire, est muet : nul besoin de mots en effet pour saisir la portée de ce conte... A cet égard, le dessin de Téhem, rond et joliment coloré, offre une belle lisibilité. Un conte philosophique de 150 pages à mettre entre toutes les mains.
-L'auteur : Téhem est né en région parisienne. Alors qu'il a 5 ans, ses parents rentrent sur leur île natale – la Réunion. Il est de retour en métropole l'année de ses 15 ans pour y suivre des études artistiques. Il devient professeur d'arts plastiques en zone d'éducation prioritaire, puis prend un poste à la Réunion. Après plusieurs années d'enseignement, il quitte l'Éducation nationale pour se consacrer entièrement à la bande dessinée, et s'installe en métropole. À cette époque, il côtoie déjà le milieu de la BD : il collabore à la revue ‘Le Cri margouillat' et a publié une série en créole, "Tiburce" (Centre du monde, 1996), dont le tome 6 est paru en 2012. C'est avec "Malika Secouss" (Glénat, 1998), tableau critique et humoristique de la banlieue, qu'il se fait connaître. La série compte aujourd'hui neuf tomes. En 2001, il sort le premier des huit tomes de "Zap Collège" (Glénat), prépublié par le magazine ‘Okapi'. L'épisode obtient l'Alph'Art du meilleur album jeunesse 9-12 ans au festival d'Angoulême en 2003. Téhem est également le coloriste de "La Grippe coloniale" (Vents d'ouest, 2003). En 2010, il dessine "Quartier western" (Des bulles dans l'océan), un roman graphique pour adultes qui s'appuie en partie sur ses souvenirs. En 2015, il publie "La Grosse Tête" ("Le Spirou de", Dupuis), avec un scénario de Makyo. En 2018, il signe avec un autre réunionnais, Appollo, "Chroniques du léopard" (Dargaud). En 2023, ce duo se retrouve autour d'un nouvel album, "Vingt décembre" (Dargaud), qui nous raconte la fin de l'esclavage sur l'île de la Réunion du point de vue d'Edmond Albius, esclave à l'origine du procédé de fécondation de la vanille.
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