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La passion des femmes (jusqu’au 15 février)
le 02/01/2026
au
Studio hébetot,78 bis boulevard des Batignolles 75017 Paris (du jeudi au samedi à 21h et dimanche à 14h30)
Mise en scène de Jean-Pierre Hané avec Bérengère Dautun, Catherine Piffaretti, Rose Sorin, Mateo Autret Vasquez et Jean-Pierre Hané écrit par Guy de Maupassant
Le rideau rouge fermé sur la scène du studio Hébertot semble attester de la nature du spectacle à venir : ce sont les mots d’un auteur classique, Maupassant en l’occurrence que l’on va ici présenter. « Je suis une vieille femme », dit la dame en crinoline qui s’avance sur scène, une « vieille femme » à qui l’on a demandé de raconter ici son existence. Et, comme une forme de flash-back, c’est un jeune couple qui lui succède. Et le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne sont pas d’accord ces deux-là : elle parle amour, et lui parle de ses « sens » qu’elle trouve ignobles. Sollicitant un baiser, l’amant potentiel se voit éconduit, et ses arguments n’y feront rien : la jeune femme refusera. Même l’argument massue aboutit à un non-lieu : « les seules femmes heureuses sont celles à qui nulle caresse ne manque », dit ainsi l’homme. Le public rit devant la muflerie, mais la femme a gagné. Elles seront ainsi plusieurs à se succéder, esquissant chacune un nouveau trait dessinant une femme forte, qui décide, dans un siècle, le XIXème, où, entre la femme mariée, la maitresse et la cocotte (lire la prostituée), il n’y avait guère de place. Avec fluidité, un nouveau couple plus âgé, leur succède, archétype de l’appairage bourgeois : lui a une maitresse et elle, Ô comble du sacrilège, estime ainsi pouvoir récupérer sa liberté en prenant un amant. S’ensuit une discussion drolatique où l’épouse légitime négocie le rapport sexuel avec son époux légitime au même tarif que la maitresse que son marie entretient généreusement. Une fois de plus la femme a gagné ! Qu’on ne s’y trompe pas cependant, il aura fallu à Jean-Pierre Hané, piocher dans pas moins de onze nouvelles de Maupassant pour brosser ce portrait jubilatoire des femmes apparemment libres qui utilisent avec rouerie les méthodes de leurs époux. Initiateur, metteur en scène et l’un des comédiens de ce spectacle, Jean-Pierre Hané et l’ensemble des comédiens déroulent la langue superbe et acerbe de l’auteur (1850-1893) dont les nouvelles ont brossé un tableau acerbe d’une société du XIXème dont il goutait peu les mœurs. On apprécie la gourmandise experte avec laquelle Jean-Pierre Hané joue les bourgeois fats et donneurs de leçons ; on déguste le jeu subtil de Catherine Piffaretti, parfaite lorsqu’engoncée dans sa robe à crinoline, elle manipule à loisir le désir de son mari infidèle ; on est touché par la fausse naïveté des jeunes filles jouées par la jeune Rose Sorin, et on se dit que le jeune Mateo Autret Vazquez saura développer son talent encore émergeant. On regrettera juste que l’excellente Bérengère Dautun, ancienne sociétaire de la Comédie française, soit parfois à peine audible, contredisant ainsi de sa voix faible, la force qu’émet sa gestuelle. Chers spectateurs et spectatrices, ne pensez pas que ce spectacle se contente de peindre un tableau comique des mœurs bourgeoises. L’adaptateur et metteur en scène n’a pas oublié la part sombre de cette société du XIXème dans laquelle la bonne peut être « engrossée » impunément par le fils de ses patrons, une société où la parole sacrifie la femme devenue âgée, qui se « trouvait encore bien sur le point d’être un peu mal ». C’est à l’écoute des réactions outrées du public devant le machisme de ce avant dernière scène, (volontairement concentrée en horreurs de toutes sortes) que l’on se prend à espérer que les choses ont changé et que le machisme en vogue il y a presque deux siècles n’a plus court aujourd’hui. Classique dans sa forme et malicieux dans ses choix, « La passion des femmes » propose un assemblage de textes cohérents et fluides, servi par des acteurs de qualité. Allez le voir sans tarder pour rire et vous indigner !
Eric Dotter
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