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TCHEKHOV - Traversée Charmante avec Haltes Exploratoires dans la Kyrielle d'Humeurs d'une Oeuvre Vécue (jusqu’au25 janvier)

le  13/12/2025   au théâtre du Ranelagh, 5 rue des Vignes 75016 Paris (du jeudi au dimanche à 19h et mâtinée dimanche à 15h)

Mise en scène de Etienne Luneau avec Odile Ernoult, Clémentine Lebocey, Elsa Robinne et Joseph Robinne à la musique écrit par la compagnie Grand Tigre et d’après la vie et l’œuvre d’Anton Tchekhov




Dans sa trilogie, la compagnie Grand Tigre a décidé de décliner sous forme drolatique les chronologies de trois auteurs en se servant de leurs pièces pour extraire des dialogues aboutissant à trois récits biographiques. Après Molière, ou plutôt M.O.L.I.E.R.E, nous sommes allés à la découverte de TCHEKHOV, ou plutôt Traversée Charmante avec Halte Exploratoires de la Kyrielle d’Humeurs d’une Œuvre Vécue. C’est ainsi, à chaque nom d’auteur, que le collectif a décidé d’associer un acronyme augurant de la fantaisie du spectacle à venir. Là où M.O.L.I.E.R.E mettait en scène trois hommes, la distribution est ici exclusivement féminine, si l’on excepte le musicien qui assure l’illustration musicale du récit. Le médecin russe est ici une femme, et c’est elle qui tiendra le rôle-titre, le reste de la distribution endossant successivement les rôles avoisinants
Lorsque l’on entre dans la salle, les trois comédiennes (une allusion aux trois sœurs ?) sont déjà là et le clavier égrène la bande son. Entre ses deux sœurs et son père, sujet à de fréquentes colères alcoolisées, les crises se succèdent : la vie est difficile pour Anton Tchekhov à Taganrog , son village natal, 100 000 habitants, où « il n’y a pas un artiste et pas un, enthousiaste ». C’est donc à Moscou que le futur auteur de 600 pièces va réellement commencer sa vie. Et sa deuxième vie, il la commence dans les hôpitaux, à étudier la médecine, lui qui tellement occupé à soigner son prochain, oubliera de se guérir lui-même de la tuberculose, maladie qui finira par l’emporter.
Là où M.O.L.I.E.R.E caracolait dans une biographie approximative car peu documentée du génial Poquelin, T.C.H.E.K.H.O.V navigue dans les eaux maitrisées d’un parcours précis. A un récit exclusivement composé de répliques piochées dans le répertoire de J.B. Poquelin, Tchekhov répond par un récit chronologique. Nimbé dans une sorte de mélancolie propre à ses personnages, on découvre successivement le jeune Anton étudiant, soutien de sa famille chaotique, puis auteur graphomane à la recherche de supports sur lesquels publier ses écrits, humaniste créant des dispensaires où soigner les plus faibles et metteur en scène de ses écrits. C’est là la découverte essentielle de ce spectacle : Anton le médecin est indissociable de Tchekhov l’auteur, et le vague à l’âme, marque de fabrique de ses écrits, imprègne la pièce et donc l’existence de l’auteur.
Cependant, le trio d’excellentes comédiennes ne se laisse pas emporter par le spleen russe : le rythme haletant avec lequel elles soutiennent le récit fait souvent sourire un spectateur parisien moins familier de l’auteur que de son Molière national. On retrouve ici la malice propre au travail du collectif Grand Tigre qui tout en marquant son style propre sait se glisser dans celui de l’auteur qu’ils et elles présentent. C’est toujours instructif et souvent réjouissant !

*Pour des questions d’agenda, nous n’avons hélas pas pu voir Shakespeare ; le troisième auteur abordé par Grand Tigre mais nul doute qu’à la prochaine occasion, nous bouclerons la trilogie du point de vue du spectateur.

Eric Dotter



 
 
 
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