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Grand ciel

Sortie  le  21/01/2026  

De Akihiro Hata avec Damien Bonnard, Samir Guesmi, Mouna Soualem, Tudor Aaron Istodor, Ahmed Abdel Laoui et Issaka Sawadogo


Vincent travaille au sein d’une équipe de nuit sur le chantier de Grand Ciel, un nouveau quartier futuriste. Lorsqu’un ouvrier disparaît, Vincent et ses collègues suspectent leur hiérarchie d’avoir dissimulé son accident. Mais bientôt un autre ouvrier disparait.

Un chantier nocturne particulièrement conséquent, des ouvriers en plein labeur et une nuit plutôt agitée, d’autant que l’électricité vient d’être coupée. Comment voulez-vous travailler dans de bonnes conditions quand ce genre de pépin arrive ? Voilà le lot de « mésaventures » que nous propose ce film à premières vues social mais qui cache d’autres « surprises » beaucoup plus intrigantes celles-ci, lorsque des disparitions inquiétantes viennent perturber le bon fonctionnement de cette grosse machine bien huilée, c’est-à-dire le bon déroulement de la fabrique d’un ensemble immobilier d’envergure dit idéal conçu par des promoteurs très ambitieux. Bref, vous aurez ainsi un véritable petit aperçu de ce qu’est « la (vraie) vie de chantier » pendant 1h30 !
Car, outre l’existence d’un groupe de collègues de boulot, des « potes (bien soudés ?) », entre leur tâche professionnelle et leur vie de famille, égayée par un barbecue par-ci ou une sortie par-là, le scénario ne se hasarde pas trop à rentrer dans les détails, préférant laisser planer le doute, des bruits et résonances bizarres – des trucs chelous quoi ! - venant de cette gigantesque tour qu’ils sont en train de construire, voire même de consolider. A ce sujet, il y a de l’embrouille et du rapport de force dans l’air, aussi bien dans les sous-sols de cette bâtisse en devenir qu’avec le contremaître et le chef de chantier. Là-dessus, se rajoute une BO oppressante qui souligne pour ne pas dire qui laisse présager un drame latent, et vous aurez le fin mot de cette histoire qui oscille aussi du côté du fantastique.
Parce que, oui, il y a ici un phénomène surnaturel, une « drôle » d’atmosphère quelque peu allégorique et parfois malsaine, tout à fait dans l’esprit de ces fameuses légendes urbaines, celles autour d’une anecdote véridique – d’où la naissance du projet d’ailleurs ! - mais sans réel fondement, déformé, amplifié, mêlé à des éléments faux, et se répandant ainsi par des moyens informels. Et c’est justement là-dessus que le réalisateur Akihiro Hata – dont c’est le premier long métrage – joue, donnant à ses protagonistes au métier précaire, le moyen de faire monter la tension, un certain malaise ambiant sourd et de la suspicion en prime.
Le casting, à la fois cohérent, crédible et sincère, est à la hauteur de ce « fait divers » cinématographique notamment grâce à la remarquable présence de 2 acteurs chevronnés, Damien Bonnard (vu dans Rester vertical, Les misérables de Ladj Ly, Les intranquilles, et Trois amies) en ouvrier bosseur qui gamberge jusqu’à devenir enquêteur amateur, et Samir Guesmi (présent entre autres dans Pour la France, Tombés du camion, Sur un fil, et Animal totem) en grande et forte gueule, « saboteur » patenté et syndicaliste licencié. On se laisse prendre par leur job certes difficile mais néanmoins interchangeable, par leur amitié qui semble ne tenir qu’à un fil, et par leur évident besoin d’une vie meilleure, d’être reconnu comme humain dans un monde du travail aliénant qui les rend presque invisible.
En résumé, une production réaliste et subtile dans les décors d’un univers du BTP vulnérable et cynique, hallucinant et troublant, où l’effacement de l’identité d’autrui est presque devenu monnaie courante.

C.LB



 
 
 
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