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Climax – spectacle burlesque musical (jusqu'au 8 mars)
le 09/01/2026
au
théâtre Lucernaire, 53 rue Notre-Dame-des-Champs 75006 Paris (du mercredi au samedi à 21h et dimanche à 18h)
Mise en scène de Ludovic Pitorin avec Ludovic Pitorin, Mathilde Modde, Matthieu Gambier, Hugo Tejero et Fabian Hellou écrit par Ludovic Pitorin et la compagnie Zygomatic
Tout commence avec le temps du COVID, et ces drôles de préconisations données par les personnages sur scène : pour provoquer moins de gouttelettes, susceptibles de propager la maladie, on va remplacer les consonnes percussives : le « M » prendra ainsi la place du « P » et du « B », et c’est un « N » inoffensif qui remplacera les périlleuses lettre « D » et « T ». S’ensuit une réinterprétation comique des mots. Le ton est donné et dès l’introduction du spectacle, le public sait qu’il va assister à une loufoquerie théâtrale. Débute ensuite une saga en autant d’étapes que de jours et elle débute sous forme d’escalade du Mont Blanc et les préoccupations climatiques qui en découlent : « il vaut mieux penser le changement que changer le pansement ». On se rend ensuite au Groënland. Les championnats du monde de patinage artistique se tiennent sur la banquise, donnant l’occasion de décliner un drolatique « ainsi fond, fond, fond » et un duo sur patins proprement sidérant. Le voyage se poursuit ensuite en Amazonie où le gaucho brésilien dévastateur de forêts se trouve face à la fée Amazone qui pense que l’ «on ne devrait pas remplacer la forêt d’arbres par une forêt de steaks hachés ». Le jour suivant, nous sommes transportés dans une maison de retraite dont l’animateur maitrise avec talent la ringardise et où la température frôle les 46°C dans la salle d’activité, Zygomatic, le nom de la troupe à la tête de ce spectacle dessine ainsi peu à peu les traits d’un cabaret écologico-comique où la gravité des faits est abordée avec légèreté, et souvent en chansons puisées dans le répertoire de la variété française. Mais bientôt arrive le morceau de bravoure : 4 officiels demi-endimanchés tentent - plutôt fatigués après leur déjeuner de travail arrosé - de présenter les résultats de la 34 ème COP (conférence sur le climat) qui se tient à Bali où l’on se baigne dans une eau à 32°C. Après une interminable et hilarante énumération des COP précédentes et de ses ratages, le résultat de l’édition en cours tombe sous forme d’un accord sur le climat. 1er article : « faisons des efforts » / 2ème article : « faisons des bisous à ceux qui font des efforts ». Sans aucune ironie, ni aucun recul sur ce qu’ils vivent, les personnages de cette saga vers la catastrophe nous amènent, en provoquant notre rire, à plus de conscience que ne l’aurait fait un discours, Le dernier tableau de cette succession de sketchs talentueux nous aspire dans le vortex inéluctable d’une chronologie accélérée, soutenue par une vidéo fort parlante : chaque seconde qui égrenée y représente 431 années de l’humanité, et l’on s’aperçoit donc qu’il aura fallu simple un clignement d’œil à cette échelle pour endommager de manière irréversible la planète… Edifiant. Il n’y pas de meilleurs mots que celui du metteur en scène pour qualifier « Climax » : « c’est un joyeux dadaïsme » dans lequel le comique bouscule l’esprit de sérieux mais instille ainsi subrepticement la conscience des véritables enjeux climatiques. Le jour de notre venue, le 7 janvier, le spectacle annonçait sa 516ème représentation. Malgré tout, les comédiens rodés (ils jouent en alternance) continuent à garder la fraîcheur et l’esprit Cabaret d’un spectacle né sous les cieux avignonnais. Du festival off, Climax en garde l’ADN, fait d’inventivité, de débrouillardise et de véritable engagement des comédiens. Pas besoin d’être collégien ou vingtenaire pour se rendre dans la petite salle du Lucernaire. Quelque soit votre génération, et que le thème de l’écologie vous mobilise ou non, le rire vous attirera et le propos vous fera réfléchir. Il est peu de pièces à vocation comique qui provoquent un effet « après spectacle ». Climax est de ceux-là.
Eric Dotter
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