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Roméo et Juliette (jusqu’au 29 mars)
le 16/01/2026
au
théâtre des Gémeaux parisiens, 15 rue du Retrait 75020 Paris (du mercredi au samedi à 21h et dimanche à 17h30)
Mise en scène de Maud Buquet Kandinsky avec (en alternance) Olivier Lugo, Alex Ryder, Terrence Prevot Gombert, Bertille Mirallié, Clara Thibault, Pauline Pauwels, Maud Imbert, Julie Léger, Gary Grines, Martial Jacques, Laurent Bouillard, Brigitte Lo Cicero… écrit par William Shakespeare
D’un côté, les noirs, de l’autre, les blancs, la reine, le roi, les pions, voici la légendaire rivalité entre Capulet et Montaigu figurée en jeu d’échecs. Pour des raisons purement techniques, on a dû ici renoncer à l’échiquier mais les costumes sont restés : aux Capulet, la couleur noire, aux Montaigu, le blanc. On connait l’histoire, ça se chicane franchement entre les deux clans. Au milieu des deux partis adverses, deux jeunes gens. Alors, parce que l’on est fin du 16ème siècle (la pièce date de 1597), les parents de Juliette décident de la marier : pensez donc, il serait temps, elle a déjà 14 ans !!! « J’étais moi-même mère à l’âge où vous êtes fille encore ». Soit, Juliette est obéissante mais il y a des limites : pas question qu’on l’expédie dans les bras du comte Pâris, ce vieil homme qu’on lui désigne et qui considère l’union comme acquise. C’est au bal que l’intrigue se jouera donc, Juliette y croise Roméo, leurs regards se rencontrent et la jeune ado un peu capricieuse qu’était Juliette se mue en femme flamboyante, dévorée par la passion. On connait la suite, les amants secrets se marieront en douce, et tout ça terminera fort mal : on ne comptera pas moins de quatre morts sur la scène du théâtre des Gémeaux parisiens, Juliette apparemment empoisonnée pour échapper à son époux non désiré puis ressuscitée, puis suicidée à nouveau devant la vision de son Roméo qui s’est empoisonné, et un membre de chacun des camps. C’est une distribution de pas moins de 16 comédiens que Maud Buquet Kandinsky a choisi de mettre sur scène : une belle ambition, d’autant plus louable que derrière la reprise de ce classique parmi les classiques, il y a un collectif qu’elle a fondé, « la pépinière du nouveau monde », qui a déjà apparemment à son actif de forts belles productions. Ce collectif rassemble une centaine d’artistes dont une trentaine sont distribués ici en alternance. Et c’est toute la difficulté de l’alternance : certains comédiens débutent dans cette production, et d’autres n’ont jamais joué ensemble, ce qui aboutit à une certaine inégalité dans le jeu. Pour mémoire, on retiendra ici le talent des certaines et certains d’entre eux. Celle qui domine et c’est un bonheur, c’est Juliette. Interprétée, ou plutôt incarnée par Bertille Mérallié le soir de notre venue, elle se mue insensiblement d’ado en femme, substituant un jeu fiévreux de femme emportée par la passion à ses agacements de petite ado capricieuse. A côté, son Roméo (Olivier Lugo) fait parfois un peu pâle figure mais peu à peu, il réussit à s’imposer dans ses monologues. Si l’on devait nommer un troisième comédien, ce serait Mercutio, interprété par Yann Chermat le soir de notre venue : seul rôle un peu comique dans cette sombre tragédie, l’excellence de son jeu, tout de masque et de bouffonnerie. Il manque parfois de cohérence avec le reste de la pièce malgré son jeu totalement engagé. Il n’en reste pas moins qu’en assistant à ce Roméo et Juliette, on se dit à tout instant qu’il y a des idées, et que la mise en scène du bal, derrière un tulle offre une impressionnante vue d’ensemble, tout autant que le tableau final réunissant presque toute la troupe. Autre grand vainqueur de ce spectacle, et c’est heureux, le texte. Il y est mis en valeur et débarrassé de certains de ses monologues qui auraient pu alourdir l’action. Et de l’action dans ce Roméo et Juliette, il n’en manque pas : on n’est ici pas avare en combat d’épées affrontant les blancs et les noirs, les Capulet et les Montaigu. Pas tout à fait moderne, mais pas tout à fait classique non plus, Le « Roméo et Juliette » de Maud Buquet Kandinsky se laisse regarder avec plaisir. Costumes, jeu et scénographie combinés, il offre un point de vie original sur cette tragédie. Faisons confiance à la metteuse en scène pour donner au jeu des comédiens l’unité dont il manque parfois.
Eric Dotter
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