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Un monde fragile et merveilleux
Sortie
le 18/02/2026
De Cyril Aris avec Mounia Aki, Hassan Akil, Julia Kassar Camille Salameh, Anthony Karam et Nadyn Chalhoub
Nino et Yasmina tombent amoureux dans la cour de leur école à Beyrouth, et rêvent à leur vie d’adulte, à un monde merveilleux. 20 ans plus tard, ils se retrouvent par accident et c’est à nouveau l’amour fou, magnétique, incandescent. Peut-on construire un avenir, dans un pays fracturé, qu’on tente de quitter mais qui vous retient de façon irrésistible ?
Avec un titre qui sonne plutôt bien et un synopsis engageant avec plein d‘espoir en perspective, un peu comme une promesse de belle vie et de grand amour malgré tout, quoi de plus réjouissant pour tous les fans d’histoire romantique dépaysante ! Sauf que tout cela se passe à Beyrouth en pleine guerre civile libanaise qui ravagea le pays entre 1975 et 1990 au hasard des bombardements. D’ailleurs, pour ne pas s’y tromper, le générique nous projette des images d’archives sur fond d’une BO qui oscille entre chansons légères et explosions massives. Est-ce pour cette raison que les 2 personnages principaux de cette comédie sentimentale vivent, parlent et bougent rapidement voire sans arrêt, un bon moyen de conjurer le sort qui plane au-dessus de leur tête et qui semble vouloir à tout prix soit préserver soit s’acharner sur cette belle région méditerranéenne, située à la porte du Moyen-Orient. Comme si leur existence ne dépendait que de la bonne - ou mauvaise - volonté « divine » de les voir – ou non - se rencontrer (dès leur enfance), s’apprécier, puis se séparer pour mieux se retrouver et enfin s’aimer avec ces hauts et ces ruptures de circonstance, ce couple ne s’arrête jamais, emporté par une certaine intensité ambiante à la limite de la frénésie, une sorte de fougue menée tambour battant, lui l’exalté vulnérable aussi décontracté qu’imprévisible prêt à tomber dans l’excès, et elle plus réservée, plus en retrait, plus mature pour ne pas dire raisonnable tel le rassemblement opposé mais complémentaire du yin et du yang. Comment ne pas adhérer à leur vie trépidante et au tourbillon qu’ils provoquent sur leur passage ? On le doit au jeu nuancé, sincère et expressif des deux talentueux/euses acteurs/actrices que sont Mounia Aki, vue dans Costa Brava Lebanon et Danser sur un volcan, et Aki, Hassan Akil, présent dans la série Shankaboot ainsi que les films The insult et Memory box. Ce n’est pas pour rien si ce long métrage harmonieux, généreux, fantaisiste et intimiste sans être pour autant intime a remporté le Prix du public au dernier festival du film de Venise. On le doit notamment au choix du réalisateur, scénariste et producteur libanais Cyril Aris (le court-métrage The president’s visit ; La balançoire ; Danser sur un volcan) qui a su donner vie, authenticité, chaleur, impulsion et humour à cette romance « festive » et cela malgré le contexte sombre, autant politique qu’historique dépeint ici. Filmant au plus près de ses protagonistes, faisant presque corps avec eux, on se laisse docilement happer par la destinée vibrante et chaotique de ses individus attachants en perpétuel déséquilibre, certes joyeux mais déstabilisés face à l’ampleur dévastatrice du conflit ainsi que devant leurs sentiments exacerbés, leur relation extrême et leur soif de vie démesurée.
C.LB
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