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Dans le couloir (jusqu’au 19 avril)

le  26/02/2026   au théâtre Hébertôt, 78bis boulevard des Batignolles 75017 Paris (du mercredi au samedi à 19h et dimanche à 17h30)

Mise en scène de Charles Tordjman avec Jean-Pierre Darroussin et Christine Murillo écrit par Jean-Claude Grimberg




Deux vieux assis face à face dans un couloir. Ils n’ont plus rien à se dire. Ils attendent donc dans cette non-pièce, cet espace de transition, dont ils ont fait leur lieu privilégié pour s’envoyer récriminations et jérémiades à la figure. A côté de leur couple trop ancien, sans sentiments ou si peu, il y a leur petit, « mon pauvre fils aux cheveux blancs » comme le désigne son père. Un fils ectoplasmique dont l’absence physique presque absolue (à part une porte claquée : est-il rentré ou bien sorti ?), remplit le vide abyssal des relations entre ses deux vieux.
Au fil de la pièce, les dialogues, ou plutôt les soliloques parallèles des deux parents construisent en creux le portrait d’un fils revenu au bercail à 45 ans pour on ne sait quelle raison, que l’on devine cependant renonciation. C’est que ce semi absent occupe toute la place. Il gêne les habitudes de ce vieux couple qui, entre soupe du soir et dispute du matin, a trouvé son dysfonctionnement idéal. On tente de lui parler derrière une porte toujours close, parce que, « ça ne peut plus durer », on essaye de tirer de lui un échange, une entrevue. C’est peine perdue. Mais, enfin, la porte s’ouvre…
Jean-Pierre Darroussin et Christine Murillo, c’est à un duo ou plutôt un duel de comédien(ne)s talentueu(ses)x que le spectateur est convié, servi par le texte d’un orfèvre, Jean-Claude Grumberg, dont le texte de «La plus précieuse des marchandises » a récemment été adapté au cinéma en dessin animé par Michel Azanavicius. Entre un père cynique et une mère nostalgique de son « pauvre petit », le mélange doux amer fonctionne plutôt bien. Les têtes blanches présentent en écrasante majorité dans la salle sourient devant les vacheries assénées par l’homme à sa femme.
Evocation de leurs propres travers ou projections rassurantes de ceux et celles qu’ils et elles ne sont heureusement pas, le texte touche souvent sa cible. On est hélas nous aussi resté dans le couloir, un peu à la porte des émotions de ce texte un peu vieillot, insensible à l’humour un peu vachard de cet « en attendant Godot » où ce dernier serait le prénom d’un fils qui n’arrivera finalement peut-être pas. Alors, tête blanche ou grise, si vous allez voir « Dans le couloir », suivez donc les indications de l’auteur : « Sentez-vous libres, de rire, de pleurer, et même, pourquoi pas, de dormir si le sommeil vous gagne !».

Eric Dotter



 
 
 
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