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La dernière danse de Mata-Hari (jusqu’au 25 avril)

le  28/02/2026   au théâtre Le vieux carré, 59 rue Montreuil 75011 Paris (samedi à 16h30)

Mise en scène de Tara Caillet avec Carlotta Antonucci, Tara Caillet, Jimmy Condaminas, Etienne Faure, Joanna Flahault, Antoine Ody et Axel Stein-Kurdzielewicz écrit par Tara Caillet




Tout commence sur le trottoir, devant « Le vieux carré », un bar du 11ème arrondissement dont la vitrine est obscurcie de l’intérieur par d’épais rideaux. Un appel de chacun et chacune des spectateurs et spectatrices, et la distribution des cartes d’identité débute. Une fois franchi le seuil, chacun et chacune d’entre nous deviendra en effet un personnage, attribué au hasard ou choisi en amont lors de la réservation. Le sort fait ainsi que l’auteur de ces lignes devient Piotr Kirsanov, plongé dans l’atmosphère d’un bar de 1916, invité avec d’autres russes de circonstance à la table du capitaine Vadim Maslov, blessé au visage et fraichement revenu d’une campagne de la cruelle 1ère guerre mondiale.
Une fois son cocktail en main (compris dans le prix de l’entrée au spectacle), le spectateur va et vient depuis sa table parmi les autres convives, dont certains, participants à l’action, sont costumés. On fera ainsi bientôt la connaissance de Anna Lintjens, la tenancière hollandaise du bar, de Georges Ladoux, le commissaire de police, à la tête du 5ème bureau d’espionnage et de contre-espionnage français, et de Miss Elizabeth, la participante bien mystérieuse à ce qui apparait comme le rassemblement de bien des énigmes. On en oublierait presque Vincenzo
Moni, le barman. On est spectateur autant que participant à la pièce qui se joue dans tous les espaces du bar.
A l’invite de son personnage référent, on échange en chuchotant, on tente de savoir, de glaner des informations auprès des uns et des autres. Chaque groupe de spectateurs étant en interaction privilégié avec un personnage de cette intrigue interactive, on peut imaginer que chacun aura sa propre version du spectacle. Arrive enfin la superbe Mata Hari, gainée dans une robe magnifique mettant en valeur une silhouette qui ne laisse pas indifférent son amant le capitaine Maslov. Mais voici que la danseuse, retournée dans son boudoir pour se changer, descend l’escalier et amorce, lascive, ce qui sera sa dernière danse. Tous, spectateurs et participants à l’action, sont rassemblés lorsqu’elle s’écroule, comme morte…
Présentée comme immersif, « La dernière danse de Mata Hari » vaut bien plus que ce concept éculé, servant de cache misère à bien de pauvres reconstitutions. Le spectateur est ici convié à être au plus près de l’action et du jeu. Car c’est une vraie pièce en deux parties qui nous est proposée ici. Dans la première, les comédiens sont livrés à eux-mêmes, improvisant avec nous, les spectateurs, une sorte de micro- comédie, et réagissant au plus près de nos remarques et dialogues. Concernant Le capitaine Maslov, notre personnage, il ne quitte pas un instant l’action, ce qui le contraint à rester en permanence « dans » son personnage. La deuxième partie, marquée par la danse de Mata-Hari, offre une rupture heureuse dans l’action et propose une version théâtrale plus conventionnelle.
C’est assez habile au moment où, à la recherche d’indices, permettant sûrement d’attester de la duplicité de Mata Hari, la danseuse-espionne, et d’éclaircir ses relations avec la tenancière du lieu, le spectateur risque de se lasser. Il est ainsi à nouveau invité à regarder, assis ou debout, le reste de l’action se dérouler devant lui. Au-delà d’un récit supplémentaire sur le sort de l’espionne-danseuse, surnommée « L’œil de Java » et fusillée pour trahison en 1917, c’est un récit mettant en scène une femme, de son vrai nom Margareth Zelle, qui nous est proposé ici. Un récit qui nous amène à mieux comprendre le sort d’une femme libre et à faire connaissance avec celles et ceux qui ont joué un rôle important dans sa vie.
Amateur ou pas de théâtre interactif, chacun trouvera son bonheur dans cette « dernière danse de Mata Hari » qui nous promet 70% de faits réels et authentiques. Ne manquez pas une occasion de trinquer avec une héroïne de la grande Histoire. Mais attention, elle ne boit que du champagne !

Eric Dotter



 
 
 
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