| |
A tous ceux qui (jusqu’au 22 mars)
le 12/03/2026
au
théâtre du Soleil – Cartoucherie de Vincennes, route du champ de manoeuvre 75012 Paris (du mercredi au samedi à 20h et dimanche à 16h)
Mise en scène de Timothée de Fombelle avec Laetitia de Fombelle écrit par Noëlle Renaude
On n’en sort plus : voici un nouvel avatar du théâtre à la Fregoli, où une seule comédienne s’empare de nombreux personnages. Ici, c’est presque une forme de record : ce n’est pas moins de trente-cinq membres d’une même famille que Laetitia de Fombelle choisit d’interpréter. Surgissant de derrière des épis de blés, ils et elles rentrent sur scène par ordre de séniorité : la première a 4 ans, et le dernier 100 ans. Femmes et hommes, filles et garçons, jeunes et vieux, ils sont tous réunis à l’occasion d’une fête de famille estivale dont les campagnes ont le secret. Noëlle Renaude, l’autrice, a choisi de situer l’action de sa pièce dans les années 40, et fait défiler ainsi un(e) par un(e), mais aussi parfois en groupe, des cousin(e)s, neveux, nièces, conjoint(e)s, maris, épouses qui vont nous parler. Comme dans un photomaton, chacun et chacune a son moment sous la lumière : une phrase, un instant, une minute, mais ça défile vite, très vite, trop vite pour que l’on s’attache aux personnages. Dans le texte de présentation, Laetitia De Fombelle l’affirme pourtant : « il faut que l’interprète laisse aux personnages le temps de lui dire ses secrets ». Ca n’est hélas pas le cas ici ! Quand le texte n’est tout simplement pas inaudible (nous étions pourtant au 3ème rang), il n’arrive à dégager aucune émotion, et les tentatives d’intonations visant à différencier les personnages ne fonctionnent pas vraiment. Alors, dans ce long défilé de visages identiques (celui de la seule et unique comédienne sur le plateau), on essaye de s’accrocher à un nom, à un semblant d’anecdotes. Mais, le temps de s’en souvenir, c’est trop tard, deux ou trois personnages ont défilé entretemps. Et le regret est d’autant plus vif que tout ici est pensé avec soin : le décor fait de vrais épis de blés (bio, nous dit-on !) est superbe, le cercle de jeu, fait de grains de blé répandus au sol fonctionne parfaitement, et les atmosphères, sonores, musicales et lumineuses sont particulièrement soignées. On se prend donc à penser ce qu’une œuvre un peu moins ambitieuse mais plus réaliste aurait pu faire de ce texte en confiant à un comédien plus chevronné ou bien à un peu plus de comédiens cette multiplicité de rôles.
Eric Dotter
|