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- expo : Adrianna Wallis & Diane Esmond - Il restera la gravité à la Galerie Anne-Laure Buffard (jusqu'au 16 juin)
le 05/05/2026
au
sein de la Galerie Anne-Laure Buffard, 6 et 13 rue Chapon 75003 Paris
Mise en scène de Adrianna Wallis (présente au vernissage) avec des peintures et des photographies écrit par ou plutôt créé par Adrianna Wallis et Diane Esmond
Né d'une découverte résultant de recherches approfondies par des historiennes sur le cas de la peintre Diane Esmond (1910-1981), le projet d'Adrianna Wallis - petite-fille de l’artiste et artiste elle-même - trouve sa source au cœur même de son histoire familiale durant la Seconde Guerre Mondiale. Alors qu’Adrianna Wallis effectue des recherches sur le cas de sa grand-mère, Diane Esmond, elle découvre que cette dernière a été spoliée et que la plupart de ses œuvres ont été brûlées par les nazis. Cette découverte marque le début de son projet "Il restera la gravité". Elle s’inspire de milliers d’inventaires d’objets pillés (natures mortes, chapeaux, petites cuillères…) rédigés de mémoire par des familles juives après la guerre. Par son travail, elle tente de redonner corps à ce qui n’était plus.
En 2021, après une fouille minutieuse des archives, elle apprend que c’est l’immeuble familial - situé au 54, avenue d’Iéna, où Diane Esmond a grandi - qui a servi de quartier général au service nazi en charge de la spoliation. Grâce à la persévérance d’Adrianna Wallis et de son oncle Victor Wallis à faire revivre l’œuvre de Diane Esmond, ses toiles ont rejoint les collections de plusieurs musées et sont actuellement visibles au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme.
À travers son œuvre, Adrianna Wallis illustre le basculement violent d'après-guerre, un monde tordu dans lequel bon nombre d'ateliers d'artistes ont été pillés. Le travail de Adrianna Wallis déploie par le biais d'une série de photogrpahies une forme de poésie visuelle, où les oeuvres sont à la fois silencieuses et chargées d’une mémoire diffuse. À travers des compositions délicates et épurées, elle explore des états de perception fragiles, entre apparition et effacement. Ses œuvres invitent à une lecture sensible, introspective, où chaque élément agit comme un fragment de récit suspendu, laissant place à l’imaginaire et à l’émotion du regardeur.
À leurs côtés, le travail de Diane Esmond offre une immersion complète dans la continuité de ce véritable devoir de mémoire. Sa peinture est une remémoration permanente, la tentative acharnée de raviver le souvenir, non pas comme il est apparu, mais comme il vit dans sa propre mémoire. Tissant le lien par ce dialogue visuel, la filiation entre les deux femmes, artistes, se révèle. C’est le récit d’un élan qui lutte contre l’oubli.
-Les artistes : *Née en 1981 et diplômée de l’école des Beaux- Arts de Barcelone, Adrianna Wallis vit et travaille dans le Vercors, sa région d’origine. Elle crée des œuvres protéiformes : sculpture, installation sonore, photographie, archivage. Pour créer, elle s’inspire d’un lieu ou d’un contexte d’exposition et procède d’une esthétique relationnelle, telle que l’a définie Nicolas Bourriaud : elle met en jeu « des rapports interhumains » et « des modes d’échanges sociaux ». Elle a exposé dans de nombreuses institutions en Espagne et en France (Archives nationales, Magasin à Grenoble, Biennale de Lyon, Festival Printemps de septembre à Toulouse) et certaines de ses œuvres font partie de collections publiques (FRAC Aquitaine, FRAC Grand-Large...). Elle a récemment publié Les lettres ordinaires, co-écrit avec l’historienne Arlette Farge (Editions Manuella). En 2020, elle co-fonde la résidence d’artiste Villa Glovettes.
*Diane Esmond est née en 1910 d’une mère française et d’un père britannique. Elle grandit et vit surtout à Paris, où elle suit des cours à l’Académie Julian dès l’âge de 14 ans. Plus tard, le peintre Edouard MacAvoy complète son enseignement par des cours particuliers. Dans les années 30, elle expose plusieurs fois au Salon d’Automne et au Salon des Tuileries. Son travail reçoit de bonnes critiques. En 1940, elle s’exile à New York tandis qu’en France, ses peintures sont spoliées par les nazis. La plupart d’entre elles sont brûlées devant le Jeu de Paume. À la fin de la guerre, ses toiles sauvées de la destruction sont retrouvées dans le train d’Aulnay. Dans les années 1950, elle divorce de son premier mari, le médecin Robert Wallis, pour revenir seule en France se consacrer à la peinture. Elle y découvre une vie sociale vibrante au contact d’artistes comme le sculpteur Raymond Mason ou l’illustrateur Cassandre, rencontre Picasso, Jean Jouve, Gérard Baüer, Julie Manet et Raoul Dufy. En 1962, elle épouse le caricaturiste Jean Don. Elle fréquente le monde du théâtre, notamment Jean-Louis Barrault, Madeleine Renaud, et plus tard Peter Brook, pour lesquels elle conçoit les décors et les costumes de plusieurs pièces. Après-guerre, le voyage devient un élément fondamental de son processus créatif. Elle se rend en Italie, dans le sud de la France, en Haïti, en Martinique et sur l’île de Sainte-Lucie. Elle expose plusieurs fois à Paris (Galerie Chardin, Galerie André Weil, Galerie Knoedler), à Genève (Galerie Motte) et à New York (Galerie Knoedler, Victor Hammer Galleries). En 1972, elle est exposée aux côtés de Picasso et Chagall à la Galerie de l’Élysée. Sa dernière exposition a lieu à Londres en 1978 (Wildenstein Gallery). Elle décède à Paris en mai 1981.
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