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Parce que c’est toi (jusqu’au 20 mai)
le 13/05/2026
au
théâtre de l’œuvre 55 rue de Clichy 75009 Paris (mardi et mercredi à 20h)
Mise en scène de David Basant avec Alysson Paradis, Michaël Abiteboul, Mathieu Delarive et Manu Rui Silva écrit par David Basant et Mélanie Reumaux
Deux hommes sont attablés à un café. Deux amis ? Apparemment. Il y a Alex, un séduisant fauché et Simon, un solide barbu. En filigrane, une femme est évoquée, Maud, que l’on ne va pas tarder à découvrir. Flashback (il y en aura beaucoup dans la pièce) : nous voici 25 ans en arrière, et on retrouve les deux hommes, inchangés. Et l’on fait connaissance de la Maud évoquée auparavant, et de sa rencontre amoureuse avec Simon. Les contours du puzzle se resserrent encore avec l’arrivée de Fred, le frère de Maud, infatigable cuisinier venu de son Québec d’adoption et Jo, sœur d’Alex. Nous voici donc sur le terrain de la comédie romantique mêlant amour et amitié. Mais, la maladie, grave, vient assombrir la légèreté apparente : Maud est atteinte d’un grave cancer. Comment les amours et l’amitié vont-ils affronter ce drame ? Amitiés de toujours et sexe d’un soir sont-ils solubles dans le temps ? Dans la présentation de son spectacle, le metteur en scène et co-auteur David Basant décrit ainsi ses intentions : «Tout le défi de « Parce que c’est toi » est de traiter un drame …avec le rythme et l’humour qui sied à une comédie ». Hélas, force est de constater que ce qui manque principalement à cette comédie, c’est le tempo. Le choix a été fait de séquencer l’intrigue en de multiples scènes qui se déroulent alternativement au café, chez Maud et chez Alex, ce qui ralentit le récit. Les décors y sont évoqués par des accessoires (table, sofa, chaise) et restructurés sans cesse grâce à des panneaux mobiles dont on ne comprend parfois pas la fonction exacte, ce qui alourdit l’action. Enfin, entrées et sorties des comédiens répondent à une logique qui échappe au spectateur : ils se croisent sans interagir, semblant parfois ne pas se voir. Cependant, le texte (cosigné par David Basant et Mélanie Reumaux) ne manque ni d’intelligence, ni de sensibilité, ni parfois d’émotion. Et malgré les défauts de ce spectacle, deux comédiens tirent à peu près leur épingle du jeu : Alysson Paradis qui gère avec talent son double rôle de Maud la douloureuse et Jo l’énergique, et Mathieu Delarive, qui met tout son métier au service du convaincant Alex. Avec « parce que c’est toi », titre emprunté à la phrase de Montaigne, décrivant son amitié avec la Boétie, on a la confirmation que chaque mise en scène est comme la réécriture d’une pièce. La seconde n’a hélas par servi la première.
Eric Dotter
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