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C’est si simple l’amour (jusqu'au 1er juillet)

le  23/05/2026   au théâtre de l’Atelier, 1 place Charles Dulin 75018 Paris (du jeudi au samedi à 21h, dimanche à 15h et le 28/06 à 18h30)

Mise en scène de Charles Berling avec Caroline Proust, Charles Berling, Alain Fromager et Bérengère Warluzel écrit par Lars Norèn




Dans la présentation de sa mise en scène, Charles Berling développe un enthousiasme touchant concernant Lars Norén, qu’il considère comme l’un des plus grands dramaturges du XXème siècle. Pour autant, on nous permettra de penser ici que monter au théâtre « c’est si simple l’amour », cette pièce inédite, premier volet d’un dyptique monté à l’Atelier, n’était pas forcément une bonne idée tant on ressort de cette trop longue représentation (deux heures) avec un sentiment de confusion extrême dans les propos comme dans le fil du récit.
Jouons le temps de quelques lignes le rôle d’avocat de l’auteur et considérons, avec Charles Berling, qui croit-heureusement- en son projet, la « productivité » et « la « recherche constante de nouvelles formes d’écriture » de l’auteur danois décédé en 2021. Faut-il vraiment mettre au crédit d’une pièce de n’être qu’un « fragment » composant avec d’autres une « fresque » ? Est-il vraiment passionnant d’assister au processus qui, pour Norèn, consistait à « écrire ce qui surgissait sans se censurer, sans aller jusqu’à la fin de la scène ? N’aurait-on pas du laisser ces inédits, et « c’est si simple l’amour » particulièrement, au rang des recherches expérimentales destinées aux chercheurs en études théâtrales ? Le simple fait de poser la question nous amène à une réponse implicite.
Stylistiquement, le style est donc contestable en ce qu’il génère des allers-retours permanents d’humeur des personnages, sûrement symptomatiques du jeu de massacre qui est mis en scène. « C’est si simple l’amour » réunit en effet deux couples au sortir d’une représentation de théâtre. Il y a Alma et Robert (Bérengère Warluzel et Charles Berling), vieux couple de comédiens sortant de scène, tout aussi préoccupés par leur jeu que par leur dispute, parfois ponctuée de jurons gratuits. Ils mettent à leur tour en scène leur interminable chamaillerie avinée devant un couple pas forcément en meilleur état que le leur, formé d’Hedda, comédienne elle aussi (Caroline Proust) et Jonas, son psy de mari (Alain Fromager).
Là où la violence n’est que symbolique dans la première paire, la brutalité physique est du côté du psy. Quelques répliques surgissent parfois, attestant d’un style maitrisé mais souvent, le propos plonge dans les échanges banals et communs. La scénographie n’aide pas le spectateur dans sa tentative de s’intéresser à ce quadruple naufrage au whisky. Le metteur en scène Charles Berling a choisi d’ouvrir complètement le plateau, et, entre accessoires, d’y poser des spectateurs, coquetterie bien inutile et incompréhensible. On ne comprend pas s’il s’agit ici de spectateurs privilégies d’une curée ou d’une simple idée farfelue de mise en scène.
L’inconvénient de cet aménagement d’un plateau agrandi est que la voix se perd, et particulièrement celle de Charles Berling. Pour compenser, les comédiens sont ainsi amenés à jouer en force, donnant à l’ensemble un côté théâtre de boulevard, dont on n’est pas sûr qu’il soit intentionnel. Avec sa jupe rose trop courte et ses talons trop haut, Caroline Proust, qui incarne Hedda, tire plutôt bien son épingle du jeu, attirant parfois le rire et souvent la compassion. Elle semble en revanche un peu seule dans cet ensemble désaccordé. C’est fragile, très fragile le spectacle vivant et si « c’est si simple l’amour », en transmettre les ressorts au spectateur de théâtre ne l’est pas toujours.

Eric Dotter



 
 
 
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