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Sarkhollande (jusqu’au 20 juin)

le  09/06/2026   au théâtre 13, 30 rue du Chevaleret 75013 Paris (du lundi au vendredi à 20h et samedi à 18h)

Mise en scène de Léo Cohen-Paperman avec Valentin Boraud, Clovis Fouin et Ada Harb écrit par Julien Campani, Léo Cohen-Paperman et Clovis Fouin




Rideau pailleté, micro sur pied, enseigne lumineuse « France Comedy Club », les codes du stand-up sont réunis. Voici que se présente le premier comédien : costume cravate, cheveux plaqués, épaules agitées de soubresauts réguliers, c’est Nicolas Sarkozy qui se présente à nous. Nous sommes en 2005 et il s’adresse au public à sa façon mi-gouailleuse mi- provocatrice. « On me dit que des gens de gauche se sont glissés dans la salle, hé, les gens de gauche, vous ne m’aimez pas mais moi je vous aime ».
Imitation façon Laurent Gerra, le comédien reprend sans recul les propos, parfois dérangeants de l’ex-président de la République, évoquant « La France identitaire » et s’adressant à de faux membres du public pour les renvoyer à leur identité d’origine ou régionale. Pas de recul, juste la reprise de faits désormais anciens : 2007, Sarkozy bat Ségolène Royal, emportant 53% des suffrages exprimés par les Français. « Enfin, j’accède à mon rêve de gosse », soupire l’ex-maire de Neuilly.
Rencontre avec Carla Bruni, grâce à la CGT ( !!!), mépris de l’intellect, bling-bling assumé, tous les accessoires vus et revus de la caricature sont listés devant un public complice. La séquence ressemble plus à une sorte de cabaret convenu qu’à une véritable charge acide contre celui qui a contribué à la déligitimation de l’autorité de la fonction présidentielle en France. Exit Sarkozy, voici que François Hollande, son successeur apparait sur scène.
Le parti-pris est ici plus tranché : grosses chaussures, maquillage et nez rouge. C’est un président clown que l’on nous présente là : le pas de côté est plutôt réussi et ce président maladroit, qui chute sans cesse, et dont le bureau présidentiel est de guingois, fait spontanément rire. Un président qui assume son statut lors de sa profession de foi en déclinant la liste de ses engagements qu’il commence par un répétitif « moi clown… ».
Mais bientôt, le rire du spectateur se fige à l’écoute de la série dramatique des attentats de 2015. L’énumération exhaustive de la liste des victimes de la série sanglante des attentats font ainsi basculer le spectacle vers la gravité. Dans sa série de spectacles intitulée « Huit rois (nos présidents) », Léo Cohen-Paperman, co-auteur et metteur en scène propose avec « Sarkhollande », les quatrième et cinquième épisodes d’une saga débutée avec Jacques Chirac.
Objectif revendiqué de cette série : peindre une fresque qui brosse le portrait des « rois républicains » et de la société française en 1958 et 2027. Si l’on adhère à la partie clownesque, on peut regretter la faible valeur ajoutée de la caricature sarkozienne, qui frise parfois la démagogie. Plus grave, le manque de réaction du public, plutôt jeune le soir de notre venue, atteste du côté suranné des références à une histoire déjà ancienne et un parti-pris de coller à son sujet sans prendre de distance.
La scène finale secoue les esprits. Sorte de synthèse de cette société que les deux hommes de pouvoir ont esquissé en creux, voici Leïla Merabet, « issue de l’immigration » qui déroule un récit nerveux et syncopé de son intégration à la France républicaine, de son ascension, de ses doutes et de ses rejets. C’est interprété avec talent, parfois glaçant mais c’est de loin la scène la plus convaincante de cette saga décousue où l’on semble demander au spectateur de construire lui-même la cohérence dramaturgique de cet objet entre cabaret et pièce de théâtre

Eric Dotter



 
 
 
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