en 
 
 
cinema

 
 

- BD : L'insensé de Manu Larcenet aux éditions Dargaud

le  02/10/2026  



En 170 pages

Francis, un vieil homme solitaire, est malade. Il n'a qu'un ami, Yannick, rencontré lors d'un séjour dans un établissement psychiatrique, qui l'a convaincu de reprendre contact avec ses enfants qu'il a abandonnés il y a longtemps. Dessinateur, Francis prend donc la plume et le pinceau pour tenter de leur expliquer sa vie, son rapport au dessin et à la nature, son isolement, sa maladie et ses regrets.
Des discussions avec Yannick et des passages à l'hôpital aux dessins réclamés par l'écolier visiteur du mercredi, tout au long de son monologue, il décrit et dessine un quotidien fait de détails et d'agacements ordinaires, de temps et de saisons qui passent et d'émerveillements devant l'enfance ou la nature.

L'insensé est un album infiniment personnel, mais aussi une prouesse artistique, par l'un des plus grands talents de la bande dessinée. A travers son personnage, Manu Larcenet parle comme jamais de son inadaptation à la société, de la solitude et de l'angoisse toujours présente. Mais en même temps, il met brillament en scène son amour du dessin qui a envahi sa vie en la rendant supportable.
Avec l'art, constamment au coeur de ce récit, le dessin est le véritable autre personnage de l'histoire. L'auteur nous émeut, tandis que l'artiste nous éblouit en jouant avec les lignes, les traits et les couleurs. Comme une évidence, son talent éclate dans sa description de la nature, des animaux, du ciel et des étoiles ou dans son attention aux détails. Il a rarement été aussi exigeant, aussi précis et épuré dans son trait comme dans son texte.
Avec une sincérité absolue et totalement désarmante, l'auteur se met à nu comme jamais : "jamais je ne me suis senti aussi libre. Mon oeuvre commence avec cet album".
L''auteur réussit le tour de force de parler de choses simples mais essentielles, liées à notre propre existence. Un chef-d'oeuvre graphique au service d'une histoire poignante, un album qui ne s'oublie pas.

-L'auteur : Emmanuel Larcenet, dit « Manu Larcenet » ou simplement « Larcenet », naît le 6 mai 1969 à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine). Il suit des études de graphisme au lycée de Sèvres, puis il s'inscrit à l'école Olivier-de-Serres, où il obtient un BTS d'expression visuelle option images de communication.
Dès 1991, il publie dans ‘Yéti', pour lequel il réalise également sa première couverture de magazine. En 1994, il entre à ‘Fluide glacial', où il peut développer à loisir des histoires, imprégnées d'absurde, de non-sens et d'humour parodique.
Son premier album paraît en 1996, dans un format à l'italienne, « 30 Millions d'imbéciles » (Glénat). Il signe ensuite plusieurs histoires complètes ? « Soyons fous » (Fluide Glacial, 1996), « La Loi des séries » (Fluide glacial, 1997), « À l'ouest de l'Infini » (Fluide glacial, 1999), « Les Superhéros injustement méconnus » (Fluide glacial, 2001), « Ni dieu, ni maître, ni croquettes » (Glénat, 2002) ou encore « Le Guide de la survie en entreprise » (Fluide glacial, 2005).
Entre-temps, Larcenet fonde, avec Nicolas Lebedel, sa propre maison d'édition, Les Rêveurs de Rune – qui deviennent assez vite Les Rêveurs –, pour publier des oeuvres à la limite de l'expérimental. Il y crée la collection « On verra bien... », dans laquelle il publie plusieurs one-shots qu'il écrit et dessine dans un format à l'italienne et en noir et blanc ? « Dallas Cowboy » (1997), « Presque » (1998), « On fera avec » (2000), « L'Artiste de la famille » (2001), puis « Ex Abrupto » (2005). Dans ces différentes oeuvres intimistes, il utilise un trait plus lâche et expressif, Larcenet s'interroge sur la création, la mort, ou encore l'obésité.
Il poursuit son travail avec ‘Fluide glacial', où il crée une série parodique de Bob Morane, intitulée « Bill Baroud », qui comptera quatre tomes (Fluide glacial, 1998-2002). Les six épisodes de « Minimal » (série éditée en albums par Fluide glacial en 2003), marquent une rupture. Dans ces pages, qui se moquent des dérives intellectualistes de la bande dessinée alternative, Larcenet se fait plus caustique. De la fin 2005 à 2006, il dessine, sur des scénarios de Lindingre, « Chez Francisque ». Mais, à la suite d'un désaccord avec Thierry Tinlot, il quitte la revue au mois de juin 2006, douze ans après y avoir publié ses premiers dessins.
Entre 1997 et 2004, il est accueilli par ‘Spirou' les éditions Dupuis. Il participe à la nouvelle collection « Humour libre », où il signe, avec Jean-Michel Thiriet, la trilogie « La vie est courte » (Dupuis, 1998-2000). Puis il scénarise les deux premiers albums de « Pedro le Coati », dessinés par Gaudelette.
À cette époque, Larcenet va se concentrer sur de nouvelles séries humoristiques pour Dargaud, qui vient de créer la collection « Poisson Pilote », sorte de laboratoire pour jeunes talents issus de la bande dessinée indépendante. Il y déploie tout son talent et dessine « Les Cosmonautes du futur », des aventures scénarisées par Lewis Trondheim (3 tomes, 2000-2004), « Donjon Parade », série écrite par le même Trondheim et Joann Sfar (5 tomes, 2000-2007), « Les Entremondes », une histoire imaginée par son frère Patrice (2 tomes, 2000-2001), et « Le Retour à la terre » (5 tomes, 2002-2008), avec Jean-Yves Ferri. Seul, il réalise la série comico-historique « Une aventure rocambolesque de... » (2002-2009), puis « Nic Oumouk » (2 tomes, 2005-2007).
Entre-temps, il commence le fabuleux « Combat ordinaire » (Dargaud), quatre tomes semi-autobiographiques. Cette oeuvre lui vaut le prix du meilleur album lors du festival d'Angoulême en 2004. La même année paraît « Vincent Van Gogh. La ligne de front », tome 2 d'« Une aventure rocambolesque de... » (Dargaud).
En 2005, il écrit et dessine « L'Histoire du soldat » (Six Pieds sous terre), en 2007, « De mon chien comme preuve irréfutable de l'inexistence d'un dieu omniprésent » (Six Pieds sous terre). Entre 2006 et 2009, il poursuit « Une aventure rocambolesque de... » (Dargaud).
En 2009, l'auteur surprend avec le tome 1 de l'époustouflant « Blast ». Le quatrième et dernier tome « Pourvu que les bouddhistes se trompent » sort en 2014. L'année suivante, Larcenet entame « Le Rapport de Brodeck (Dargaud), un diptyque adapté du roman éponyme de Philippe Claudel.
Entre les épisodes de « Blast », il signe « Peu de Gens Savent » (Les Rêveurs) et « Nombreux sont ceux qui ignorent » (Les Rêveurs). En 2012, il illustre le roman de Daniel Pennac « Journal d'un corps » (Futuropolis-Gallimard). En 2014, il écrit et dessine « Microcosme » (Les Rêveurs), puis, peu plus tard, en 2017, « Les Branleurs » (Les Rêveurs).
En 2018, il annonce dire « adieu au papier » pour dessiner uniquement sur tablette graphique. L'année suivant, onze ans après la parution du dernier épisode, il met en images le tome 6 de « Retour à la terre » (Dargaud), toujours avec Jean-Marc Ferri.
En 2020, il commence la trilogie « Thérapie de groupe » (Dargaud, 2020), une oeuvre hilarante et déchirante. Dans un tout autre genre, il se plonge dans l'adaptation du prix Pulitzer 2007 ? en 2024 paraît ainsi « La Route », de Cormac McCarthy. Un ouvrage éblouissant.



 
 
 
                                                      cinema - theatre - musique