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Jérusalem (jusqu’au 27 décembre)
le 11/10/2026
au
sein de la petite salle du théâtre des Mathurins, 36 rue des Mathurins 75008 Paris (dimanche à 15h)
Mise en scène de Ismaël Saidi avec Inès Weill-Rochant (ou Fiona Lévy) et Ismaël Saidi écrit par Ismaël Saidi
« Vous êtes en avance, il me reste encore 7 minutes, je reste encore chez moi ». Le ton est peu amer entre cet homme qui revendique la propriété de cette maison et la femme arrivée de Montréal pour (re)prendre possession de son bien situé rue de l’espoir à Jérusalem. Elle est juive, venue d’ailleurs, il est musulman et a toujours vécu ici mais une décision de justice l’a condamné lui à remettre les clés. L’affrontement s’annonce inévitable entre Delphine et Shahid. « Commencez pas à mourir », dit-il à la femme qui vient de s’évanouir de manière étrange, « après ils vont dire que je vous ai tuée ». Mais cet évanouissement n’est pas le fait du hasard, c’est la conséquence d’un impensable phénomène : une tempête solaire créé par l’éclipse de l’astre. Elle va avoir un double effet bien étrange : Shadid va se réincarner en son grand-père Abderahim el Gotzi et Delphine va se muer en Ruth Dreyfus. « Je sens que je suis possédée par ma grand-mère », dit Delphine. Et la voix et le corps de son grand-père de s’emparer de Shaïd. On l’a compris : ce tour de passe-passe permet à l’auteur de remonter le temps et de passer en revue l’histoire des relations entre juifs et arabes en Israël. On assiste ainsi au récit des massacres successifs et parfois réciproques et aux lentes dégradations de ces deux peuples voisins. La naïveté touchante du propos fait parfois réagir le public. « Il n’y a pas de compétition victimaire », écrit ainsi l’auteur. Du point de vue théâtral, c’est douloureux : La comédienne qui interprète Delphine et sa grand-mère Ruth se voir affublée d’une voix geignarde et caricaturale alors que Shahid/el Gotzi se mue en grand-père colérique affublé d’étranges grognements. « Regardez comme ils se parlent, ils ne s’écoutent plus, ils ne cessent de crier », l’entreprise visant à expliquer ce qui aux dires d’un des personnages est « toujours compliqué », est brouillée par un insupportable aller-retour permanent du jeu des comédiens et de leurs postures physiques entre présent et passé, entre enfants et aïeux. Entreprise courageuse en 2022 que de vouloir résumer une histoire de presque 80 ans. Elle s’avérerait quasiment impossible aujourd’hui. Et pourtant, l’auteur revendique n’avoir pas changé une ligne à son spectacle créé il y 6 ans. Hélas, malgré l’enthousiasme qui était le nôtre à l’idée de voir un spectacle traitant de ce thème explosif, on ne peut recommander au spectateur d’aller voir ce spectacle laborieux.
Eric Dotter
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