| |
Il fait toujours beau à Hollywood (jusqu’au 28 décembre)
le 31/10/2026
au
sein de l’Apollo théâtre, 18 rue du faubourg du Temple 75011 Paris (lundi à 19h30 et dimanche à 15h)
Mise en scène de Jean Marbeuf avec Geoffroy Thiebaut, Claire Nebout, Mata Gabin et Thomas Chabrol écrit par Jean Marbeuf
Il fut un temps - les années 1930 - où, dans le cinéma hollywoodien, tout était réglé, régi, policé par un code, le code Hayes. Véritable dictionnaire de la supposée vertu, ses 28 000 articles régissaient les moindres aspects de l’image filmée et interdisaient à peu près tout ce qui pouvait évoquer la sensualité ou, encore pire, la sexualité, allant jusqu’à prohiber l’apparition d’un simple lit à l’image…Au cas où ça donnerait des idées au spectateur. Après une lente agonie, l’ouvrage maudit fut totalement aboli en 1966. Voici donc sur scène le fameux sénateur William Hayes, membre du parti républicain et président de la Motion Picture Producers and Distributors of America à qui on attribue le code. Il fait partie du comité de visionnage des films avant diffusion et traque toute trace de dérogation aux bonnes mœurs dont il se veut le garant. Puritain absolu, il déteste la lumière du soleil pourtant abondante à Hollywood et fait depuis longtemps chambre à part avec son épouse. Ladite épouse s’ennuie ferme, enfermée qu’elle est par son tyran domestique, aussi chaste avec elle que l’est son code de conduite cinématographique. Pour les servir, une bonne, noire, que l’homme distingue à peine, au point de lui donner le même prénom que celle qui l’a précédée. Le tableau ne serait pas complet si l’on oubliait un scénariste sulfureux, auteur d’une sorte de porno médiéval du titre de « La tour de Nesles ». Tombé par hasard entre les mains de Mme Hayes, le scénario servira de déclencheur à l’éveil au sexe de la femme du prude sénateur. Stupre, homosexualité, adultère, rapports interraciaux (proscrits par le code Hayes), la main du scénariste guidée par la femme écrira un autre scénario, arme de la vengeance de l’épouse déçue, sorte de contrefeu au Code du prude Hayes. A l’Apollo Théâtre, nous sommes dans le multiplexe de la comédie. Alors, de la pure comédie de boulevard contemporaine, on en accepte les codes, y compris une certaine paresse d’écriture, et une outrance de jeu totale. Il serait faux de dire que l’on ne sourit pas et malgré le propos éminemment graveleux, le texte évite l’accueil de la vulgarité. Certains spectateurs sont ravis de voir ici des comédiens, par ailleurs aperçus sur les grands écrans (Claire Nebout, Thomas Chabrol), qui font avec efficacité ce qu’on leur demande, souvent avec outrance. En ce qui nous concerne, on a remarqué Mata Gabin, la domestique noire du couple, qui, en dépit de tout réalisme historique, occupe une place centrale dans l’intrigue. On s’amuse un peu et l’on sent que l’auteur Jean Marboeuf s’est aussi beaucoup amusé à placer en douce des citations classiques dans son texte. A voir éventuellement dans le cadre d’une sortie bon enfant entre amis.
Eric Dotter
|