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En mai, fait ce qu’il te plait (sur Ciné + Emotion)
Sortie
le 01/05/2026
De Christian Carion avec August Dhiel, Olivier Gourmet, Mathilde Seigner, Alice Isaaz, Laurent Gerra, Joshio Marlon, Thomas Schmauser et Matthew Rhys
Mai 1940. Pour fuir l'invasion allemande, les habitants d'un petit village du nord de la France partent sur les routes, comme des millions de Français. Ils emmènent avec eux dans cet exode un enfant allemand, dont le père opposant au régime nazi est emprisonné à Arras pour avoir menti sur sa nationalité. Libéré dans le chaos, celui-ci se lance à la recherche de son fils, accompagné par un soldat écossais cherchant à regagner l'Angleterre...
Le réalisateur Christian Carion (Une hirondelle ne fait pas le printemps) semble continuer à refaire ce qu’il a toujours su tourner, c’est-à-dire un film autour de l’amitié, du courage, de la ténacité, du patriotisme, de l’espoir, de la solidarité, bref, des rapports humains intimes, des sentiments exacerbés et autres belles valeurs morales défendues comme grandes leçons de (sur)vie, le tout sur fond de guerre. Après Joyeux Noël sorti en 2005 qui se déroulait dans les tranchées lors de la première guerre mondiale et L’affaire Farewell sorti en 2009 qui se passait pendant la guerre froide avec l’URSS, il revient avec une grande fresque cette fois durant l’exode – comme le film Suite française sorti aussi cette année - au début de la seconde à travers la destinée de plusieurs personnages toujours forts et haut en couleur. D’où un casting « chorale » à nouveau assez prestigieux avec en tête Olivier Gourmet qui « monte en grade » ou plutôt en promotion historiquement parlant, passant de 14-18 dans L’odeur de la mandarine (sorti il y a quelques semaines) à 39-40 dans celui-ci ; tout comme Matthews Rhys qui s’était lui aussi illustré dans un film de guerre, notamment La tranchée de Michael J.Bassett en 2002 ; Mathilde Seigner qui endosse encore l’habit de la femme de caractère issue de la vie rurale profonde – comme elle l’était dans La guerre des boutons version Yann Samuell sorti en 2011 – à nouveau sous le jouc des « boches » après Le passager de l’été sorti en 2006 ; Laurent Gerra qui est venu s’amuser certes pas très longtemps mais tout de même en interprétant un buveur patenté à coup de bouteilles de Pétrus ; et Jacques Bonnaffé qui en agriculteur aussi bougon que ronchon, est toujours impeccable quelque soit ses choix cinématographiques. Bref, tout ce beau monde, ainsi qu’August Diehl (Salt ; Confession d’un enfant du siècle ; Layla) qui était présent dans Inglorious Basterds de Quentin Tarantino, et Alice Isaaz (Fiston ; La crème de la crème ; Un moment d’égarement), défile plus ou moins pendant presque 2 heures au pas de course en se ruant sur les routes françaises, au même titre que les 8 millions de gens effrayés par l’invasion de l'armée allemande qui avançait inexorablement. Tout y est dans cette grande épopée bucolique bien reconstituée qui n’oublie pas au passage de souligner intensément les regards qui en disent longs sur les pensées, d’accentuer les prises de décisions notamment à travers plusieurs « réunions du conseil », d’appuyer sur une BO « tire-larmes » certes envahissante mais néanmoins fort belle (celle d’Ennio Morricone), plus quelques chansons très représentatives de l’époque (celles d’Edith Piaf et de Charles Trenet), ainsi que de placer ici et là quelques clins d’œil éhontés (des références aux films La guerre des boutons et Jeux interdits) et autres clichés on ne peut plus prévisibles (la jeune et belle institutrice amoureuse, le maire fier et courageux, le paysan-vigneron bourré, l’oie qui vient faire diversion humoristique, etc...), un moyen de jouer à fond la carte du sentimentalisme à revendre, de l’emportement tout en sensibilité et du larmoyant au possible. Ne vous attendez donc pas à de l’action – ou si peu -, on s’enlise plutôt copieusement dans le nostalgique et le réalisme retrouvés à travers des séquences anecdotiques ou du moins des saynètes qui ralentissent la progression narrative de ce "cinéma vérité", il faut bien le dire, plus proche de l’« immobilisme que de la modernité »....
C.LB
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