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A.I. - Intelligence artificielle (sur OCS)
Sortie
le 12/05/2026
De Steven Spielberg avec Haley Joel Osment, Jude Law, Frances O’Connor, Sam Robards, Brendan Gleeson et William Hurt (les 12, 15, 16, 25 et 27/05)
Le futur. Les robots sont devenus une composante essentielle de la vie quotidienne. L’homme ne peut plus se passer de ces « mécas ». Pourtant, le visionnaire professeur Hobby de la Cybertronics Manufacturing veut aller encore plus loin en créant le premier robot sensible : un enfant capable d’aimer sincèrement ses « parents » adoptifs, une « méca » qui développerait au contact des humains un vaste répertoire d’émotions, de désirs, de rêves et de souvenirs.
Quelle mouche a bien pu piquer Steven Spielberg pour qu’il ose toucher à A.I., une idée de scénario du regretté mais néanmoins illustre Stanley Kubrick que ce dernier n’a malheureusement pas eu le temps de concrétiser ? Il est vrai que le talentueux réalisateur américain, spécialiste de science fiction, de fantastique et d’imaginaire, était un ami du réalisateur anglais qui lui avait offert son projet. Vouloir adapter à sa façon ce sujet passionnant, vaste et complexe, n’était pas aussi évident qu’il y paraissait. Et pourtant, il se l’ait approprié avec sa vision du sujet, son sens de la mise en scène, ses aptitudes à diriger de jeunes enfants et ses qualités en tant d’utilisateur d’effets spéciaux. Bien mal lui en a pris ! On ne retrouve certes pas le côté froid, calculé et très technique du maître, mais encore moins son style typiquement anglais qui fait défaut ici. Steven Spielberg semble s’être aventurer dans cet énorme projet à la manière forte et rentre-dedans typiquement américaine, avec bien sûr un sérieux dosage d’émotion, de sentiments et de scènes spectaculaires. Le problème, c’est que dans ce déballage de prouesses dites commerciales, il a repris aussi un grand nombre de clichés et de séquences d’autres films du même type. La plupart des personnages, des situations et des thèmes sont empruntés à de grands succès comme Star Wars pour le côté futuriste, à Abyss pour la représentation des aliens à la fin, et à Blade runner pour la réaction émotionnelle des réplicants (ici les « mécas »). Si le début de l’histoire commence d’une manière intéressante, l’arrivée d’un enfant mécanique dans une famille adoptive et ses réactions affectives vis à vis d’elle jusqu’au drame et la séparation, la suite nous plonge dans un voyage initiatique qui embraie sur un road-movie mêlant images réelles et virtuelles avant de s’achève dans un monde quasiment numérique. Du côté cocooning et protégé au départ, on glisse vers le futur et ses différents aspects, d’ailleurs pour la plupart inquiétants. Le jeune Haley Joel Osment (prodigieux dans 6ème sens) cabotine tout au long le film avec son jeu d’enfant surdoué qui mime les faits et gestes de sa nouvelle famille. Il est tellement maquillé et lisse, avec son regard docile et attentif, qu’on aimerait presque lui foutre une gifle pour qu’il perde un peu de sa belle assurance. Dans la seconde partie, l’arrivée de l’un de ces semblables, joué par Jude Law (Stalingrad) en Gigolo Joe, robot d’amour qui donne du plaisir, est des plus risibles qui soit. Gominé, lifté et sapé comme une pute de luxe puisque tel est sa fonction de robot, il n’arrive même pas à nous subjuguer avec ses gestes de séducteur et ses pas de danse mais plutôt à nous faire rire. Quand aux autres comédiens, ils sont stéréotypés et un peu à l’étroit, voire même à l’écart, dans le rôle qu’on leur a attribué. Frances O’Connor (Endiablé) en mère adoptive est aussi immaculé que son nouveau fils et ressemble à Sissy Spacek jeune, Jake Thomas (The cell) en grand frère jaloux est aussi pervers qu’un maniaque obsédé, Sam Robards (American beauty, Un amour infini) en père adoptif est un peu trop souvent absent et donc très vite mis à l’écart des décisions de sa femme et de l’écran finalement, et William Hurt (Perdus dans l’espace) en créateur de « mécas » sensibles n’apparaît que quelques minutes à l’écran pour nous faire sa morale de professeur BCBG. Bref, il n’y en a pas un pour prendre le dessus ou faire face au jeune héros du film. Seul le nounours parlant, robot animatronique en images de synthèse, est étonnant d’humanité et vole parfois la vedette aux autres. Ce mariage d’humanité et de réflexion scientifique est trop sensible, léché, aseptisé et superficiel pour devenir un jour un grand chef d’œuvre du cinéma. Il manque de suspense, d’angoisse, de mystère et d’émotions. On ne se sent pas spécialement attiré ni par les protagonistes du film, ni par les robots endommagés et encore moins par les évènements qui s’enchaînent les uns après les autres sans nuance. On est déçu par cette surenchère de moyens techniques mis au service d’un film certes à grand spectacle mais tout compte fait populaire. Quel dommage d’avoir gâché un tel potentiel de possibilités visuelles dans une aventure idéalisée relativement banale ! Si Kubrick a eu l’intelligence d’imaginer le parcours et les expériences de son jeune héros, Spielberg l’a tué en faisant un film artificiel qui manque d’une réelle sensibilité, d’un vrai rythme et surtout d’un véritable amour. Cette intelligence artificielle est une réalité technique qui aurait méritée plus de réalisme probant et moins de sentiments à l’eau de rose. Il aurait fallu à Spielberg défricher ou élargir un peu plus loin les nouveaux territoires et les frontières de l’art cinématographique, au lieu de copier des extraits de ses précédents films comme E.T., Hook ou Rencontres du 3ème type, et de ses productions comme L’aventure intérieure ou Miracle sur la 8ème rue. Si A.I. est l’histoire d’un jeune robot qui a été programmé pour aimer, le résultat en est malheureusement dépourvu. Dommage que tant de talent soit gâché par un besoin constant d’en faire toujours plus, alors que judicieusement placé çà et là, il aurait donné plus de relief, d’ampleur et d’intérêt à toute cette histoire qui touche l’actualité. La séquence finale dans un Manhattan submergé, puis envahi par les glaces, en transposition avec les évènements du 11 septembre dernier, prouve bien que le futur n’est pas si loin qu’on semblait l’imaginer et que le réalisme de certaines séquences a de quoi nous inquiéter un peu. N’oublions pas tout de même que nous sommes dans un conte de fées anglais pour adultes, revu et corrigé à la sauce hollywoodienne, avec tout ce que ça comporte comme clinquant et paillettes pour nous en mettre plein la vue ! Quelque fois, c’est réussi, et à d’autres moments, ça coince un peu comme c’est le cas ici !
C.LB
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