en 
 
 
cinema

 
 

Madre

Sortie  le  22/07/2020  

De Rodrigo Sorogoyen avec Marta Nieto, Anne Consigny, Alex Brendemühl, Frédéric Pierrot, Raùl Prieto, Blanca Apilànez et Jules Poirier


Dix ans se sont écoulés depuis que le fils d’Elena, alors âgé de 6 ans, a disparu. Dix ans depuis ce coup de téléphone où seul et perdu sur une plage des Landes, il lui disait qu’il ne trouvait plus son père. Aujourd’hui, Elena y vit et y travaille dans un restaurant de bord de mer. Dévastée depuis ce tragique épisode, sa vie suit son cours tant bien que mal. Jusqu’à ce jour où elle rencontre un adolescent qui lui rappelle furieusement son fils disparu…

La tension et l’angoisse s’installent inexorablement dès les premières minutes avec, en filigrane, un drame qui se profile à l’horizon, celui-là même d’une plage immense – et d’une mer souvent agitée - se prolongeant à perte de vue et revenant souvent au cours de l’histoire. Sur fond de perte d’un enfant, de tourments intérieurs et de deuil par vraiment digéré, ce film "en souffrance" est en réalité plus psychologique qu’il n’y paraît, mâtiné d’amitié singulière entre une femme et un mineur (on navigue entre copinage et drague, pas loin d’un jeu dangereux voire pernicieux), et de reconstruction pas totalement aboutie (la tristesse autant que l’anxiété et même l’angoisse se lient constamment sur le visage de la protagoniste principale qui s’accroche désespérément au vague espoir de retrouver un être cher).
Adepte des longs – et lents - plans séquences un peu à la Amos Gitai -, ainsi que des focales larges et des grands angles – façon XXL -, le réalisateur espagnol Rodrigo Sorogoyen (Que Dios no perdone ; El reino) semble prendre un malin plaisir à vouloir jouer sur le fil du rasoir avec le spectateur, l’entraînant dans une drôle de rencontre, une sorte de fusion mais aussi de thérapie d’ailleurs pas loin de « l’acte incestueux », plutôt contraire aux bonnes mœurs et principes bien pensants du cinéma actuel. Il fait fi de tout cela en proposant à son actrice principale – sous les traits de l’excellente et ravissante Marta Nieto (vue notamment dans Face of terror et The chase) – de s’adonner à une interprétation tout en réserve, en sensibilité, en sensualité également, qui trébuche, se lâche et bascule pour mieux revenir à la lumière, celle d’un renouveau possible.
Et c’est au contact de Jean - joué par Jules Poirier (Marvin ou la belle éducation ; Play), impressionnant de naturel, de franchise, de décontraction et « d’entreprenance » -, qu’elle arrivera sans doute à se reconstruire de ses fêlures et à vaincre ce « handicap » qui la tient chevillé au corps depuis si longtemps. Sans jamais savoir si ce garçon est celui qu’elle cherche et qu’elle espère être, on se laisse aller à imaginer tel rebondissement ou tel renversement de situation qui nous permettrait de dénouer enfin le lien qui les unit et de découvrir le fin mot de l’histoire. Bref, une mise en bouche aussi savoureuse qu’haletante pour cet été sans l’ombre d’une cassure narrative ni un dérapage scénaristique....

C.LB



 
 
 
                                                      cinema - theatre - musique