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L’île aux chiens

Sortie  le  11/04/2018  

De Wes Anderson avec les voix de Vincent Lindon, Romain Duris, Yvan Attal, Louis Garrel, Mathieu Amalric, Hippolyte Girardot, Isabelle Huppert, Léa Seydoux et Nicolas Saada


En raison d’une épidémie de grippe canine, le maire de Megasaki ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville, envoyés sur une île qui devient alors l’Ile aux Chiens. Le jeune Atari, 12 ans, vole un avion et se rend sur l’île pour rechercher son fidèle compagnon, Spots. Aidé par une bande de cinq chiens intrépides et attachants, il découvre une conspiration qui menace la ville.

Oublions quelques instants ou, du moins, mettons un peu de côté les films d’animation traditionnels comme ceux sortis par exemple des studios Disney ou bien dans le même style, et penchons-nous sur ce genre de long métrage qui utilise la technique dite de l’animation en volume (réalisé image par image mais avec la présence d’objets, appelé stop motion) tel qu’on en fait encore très rarement, voire pratiquement plus – il n’y a guère plus que les anglais avec le studio Aardman (Wallace et Gromit ; Chicken run ; Shaun le mouton ; et dernièrement Cro man) qui s’y colle - ! Certes, l’effet visuel n’est pas irréprochable loin de là et à bien des égards, mais il est néanmoins original, d’autant plus qu’ici, l’histoire s’adresse directement à un public très ciblé, les adultes. Si on excepte la présence de chiens de races différentes, il faut admettre que le propos est, quant à lui, assez porté sur la politique, la lutte des classes, le fascisme, la décadence et la moralité, rehaussé par un casting de voix particulièrement célèbres mais assez rarement entendues en doublage d’animation !
Pensez donc, côté VO, il y a là Edward Norton (qui l’a fait précédemment dans Sausage party), Bill Murray (qui l’a lui aussi expérimenté dernièrement dans Le livre de la jungle – il interprète Baloo – et a déjà joué dans tous les films en prises de vues réelles et en animation du réalisateur Wes Anderson), Jeff Goldblum (seulement 2 fois, dans Le prince d’Egypte en 1998 et dans Zambezia en 2012), F. Murray Abraham (c’est une première pour lui !), Greta Gerwig (une 1ère aussi et la seule qui soit sur les 2 versions, celle VO et celle VF puisqu’elle parle notre langue !), Frances McDormand (présente vocalement dans Madagascar 3 sorti en 2012), Harvey Keitel (1 fois dans Arthur et les Minimoys en 2006), Scarlett Johnasson (la Voix féminine dans Her de Spike Jonze en 2013 et celle de Kaa, toujours dans le même Le livre de la jungle), Tilda Swinton (jamais auparavant), et même Yoko Ono (si, si, la femme de John Lennon, une 1ère également pour elle mais sans chanter !). Côté français, regardez ci-dessus la liste des français(es) sur laquelle figure des noms prestigieux, choisis tout spécialement par le cinéaste américain Wes Anderson lui-même !
Bref, de quoi s’intéresser sérieusement à cette production aussi surprenante qu’impressionnante, la 2ème œuvre de ce type pour Wes Anderson après Fantastic Mr. Fox (dans laquelle donc Bill Murray prêtait déjà sa voix !), lui qui nous a toujours étonné avec sa drôle de filmographie pour le moins singulière et iconoclaste (Rushmore ; La famille Tenenbaum ; La vie aquatique ; A bord du Darjeeling Limited ; Moonrise kingdom ; The grand Budapest hôtel) ! Et c’est encore le cas cette fois, un voyage au Japon (hommage non dissimulé à Akira Kurosawa à travers les traits de l’un de ces acteurs fétiches, Toshiro Mifune, vu notamment dans Les 7 samouraïs !) dans un futur proche (dans 20 ans), où il est question de « vilains » chiens abandonnés, « aux abois » (c’est bien le cas de le dire puisqu’ils parlent comme vous et moi), plutôt intimidants, plus vrais que nature (ils ont d’ailleurs des réactions très humaines !) et atteints de la fièvre truffoïde, qui (sur)vivent tant bien que mal sur une île poubelle en attendant que quelqu’un vienne les chercher et les sauver.
Ca parle de théorie du complot, de conspiration et de corruption aussi bien en américain qu’en japonais, ça propose parfois de l’animation classique (à travers certaines images télévisées) tout en composant des cadrages très méticuleux et fort élégants, ça semble (très) figé mais ça reste (souvent) réaliste et d’une grande maîtrise technique, et finalement, ça transmet certaines valeurs morales (l’acceptation de l’autre et de sa différence...). En résumé, un sujet fort, certes singulier, voire assez farfelue sur les bords, mais alléchant, qui a remporté l’Ours d’Argent du meilleur réalisateur lors de la toute dernière Berlinale...

C.LB



 
 
 
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