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Boy erased

Sortie  le  27/03/2019  

De Nicole Kidman, Russell Crowe, Joel Edgerton, Lucas Hedges, Joe Alwyn, Flea et Xavier Dolan avec Joel Edgerton


L’histoire de Jared, fils d’un pasteur dans une petite ville américaine, dont l’homosexualité est dévoilée à ses parents à l’âge de 19 ans. Jared fait face à un dilemme : suivre un programme de thérapie de reconversion – ou être rejeté pour toujours par sa famille, ses amis et sa communauté religieuse.
Boy erased est l’histoire vraie du combat d’un jeune homme pour se construire alors que tous les aspects de son identité sont remis en question.


Un tel casting, aussi performant et convaincant soit-il, ne peut que susciter l’intérêt voire la curiosité : pensez-donc, Nicole Kidman en mère soumise, choucroutée et maquillée comme une voiture volée ; Russell Crowe en père intraitable, orgueilleux au possible et incapable de communiquer avec son fils ; Lucas Hedges (remarqué dans Manchester by the sea, Lady bird, Three bilboards – les panneaux de la vengeance, et Ben is back) en jeune garçon bon, honnête et droit qui s’est « perdu » et que l’on va essayer de « purifier » par certains moyens peu recommandables ; et Joel Edgerton (vu dans Animal kingdom, Gatsby le magnifique, Exodus, et Red sparrow) en prédicateur étriqué d’un centre de thérapie « forcée » pour mineurs – intitulé Live in action - aux sermons et méthodes discutables, tour à tour derrière et devant la caméra de son 2ème film (après The gift) !
Ainsi présenté, on ne peut qu’être attiré par cette histoire de « rédemption » qui passe par des séances de conversions dites rapides – une douzaine de jours – dans une sorte de refuge où les enfants, filles comme garçons, doivent suivre un programme « sobre et confidentiel » très strict où on leur inculque des « bonnes » choses autour de Dieu, résolution dans laquelle on les évalue – leur fameuse « maladie » - avant de décider de leur sort, encadrés à la dure un peu façon prison faussement colonie de vacances, et souvent placés en situation d’humiliation pour ne pas dire de punition, étant obligé de se juger - d’annoncer ou plutôt de confesser leur(s) pêché(s) en en faisant l’inventaire - et de se justifier devant tout le monde de leur comportement inapproprié, déviant, en un mot, anormal afin de les exorciser et de les remettre une bonne fois pour toute dans le droit chemin.
Bref, on se croirait revenu au temps de l’inquisition morale, psychologique et physique - sur fond de carcan religieux, de cruauté mentale, de coups bas, de dénonciations, de sentiments de honte et de culpabilité développés à outrance -, si chère à cette Amérique bien pensante et parfaitement hypocrite, à la fois côté puritain et celui conservateur d’ailleurs, capable de se cacher derrière des actes fort répréhensibles au nom d’une certaine foi religieuse qui bannit l’amour ou plutôt la différence chez l’être humain comme son Histoire nous l’a prouvé à maintes reprises. Il y a de quoi être décontenancé devant cette façon d’agir, d’autant plus qu’il est ici beaucoup question de ne surtout pas aller à l’encontre d’une croyance, de son autorité et de ses préceptes, sinon d’en subir les conséquences de la part de ces fidèles fanatiques au pouvoir de persuasion comme de conviction inébranlable, contre une liberté de penser toute relative et particulièrement dirigée ou, du moins, muselée.
Il suffirait de pas grand-chose pour faire voler en éclat ce type de réflexions, d’agissements et de jugements qui nient voire qui occultent la singularité chez l’individu – ici, des jeunes en pleine quête identitaire - dans son propre raisonnement, sa personnalité et sa façon de vivre, bafouant ainsi la sacro-sainte règle du 1er amendement de la Constitution américaine qui protège la liberté d’expression...comme d’ailleurs celle de religion ! En résumé, un drame en forme de réquisitoire touchant, à la fois juste, émouvant, poignant et limite terrifiant, qui interroge autant qu’il est capable de déranger et de provoquer un certain malaise....

C.LB



 
 
 
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