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Tenzo (présent à Cannes)

Sortie  le  21/05/2019  

De Katsuya Tomita avec Chiken Kawaguchi, Shinko Kondo, Ryugyo Kurashima et Shuntou Aoyama


Chiken et Ryûgyô sont deux bonzes de l'école bouddhiste Soto. Ils se sont connus pendant leur apprentissage spirituel. Tandis que Chiken, entouré de sa femme et son fils à Yamanashi s'investit dans diverses activités, de la prévention du suicide aux préceptes d'une alimentation végétale et zen, Ryûgyô à Fukushima fait, seul, face aux ravages du Tsunami. Son temple détruit, il travaille au déblaiement de la région et à l'accompagnement des victimes relogées en préfabriqués.

Tenzo peut se traduire par le terme « responsable des cuisines du temple » voire aussi du mot plus péjoratif cuisinier mais celui qui est (omni)présent à l’écran a une approche beaucoup plus « spirituel » de la nourriture – et pour cause ! -, vantant autant les mérites de la victuaille que les bienfaits des mets lors de n’importe quel repas pris (« les aliments sont les médicaments de l’existence »), d’autant plus qu’il est moine bouddhiste et qu’il a appris ces préceptes lorsqu’il étudiait dans un monastère qu’il considère comme « bénéfique pour la santé » et plus précisément dans un dojo, lieu consacré à la pratique de la méditation dite zen (définition : l’occasion d’atteindre l’éveil).
Ainsi posé, le principe scénaristique est de nous montrer comment peuvent (sur)vivre aujourd’hui 2 moines dans le Japon actuel touché de plein fouet par une crise sociale sans précédent, l’un investi, en pleine et profonde dévotion, partagé entre sa petite famille, ses quelques rituels (celui des « fantômes affamés »), ses cours de cuisine et son aide au service de sa communauté, surtout auprès de personnes dépressives, en détresse et suicidaires (il faut savoir qu’il y a actuellement 30.000 personnes qui passent à l’acte tous les ans) ; et l’autre démuni, particulièrement touché et rongé à la fois par les conséquences du tsunami de 2011 et, a fortiori, par la destruction de son « lieu de travail » pour ne pas dire lieu de culte à Fukushima, qui, faute de fidèles, vit dans un préfabriqué et travaille dans le bâtiment ou bien sur les chantiers.
Faut-il donc déceler dans ce film assez court (moins d’une heure), déguisé en documentaire sur « l’après-déluge », un constat récent et malheureusement bien réel de la vie de certains résidents au pays du soleil levant avec, d’un côté, ceux qui se sont réfugiés dans une existence presque monastique (la « zen attitude ») et, de l’autre, ceux qui, victimes de cette catastrophe nucléaire encore bien présente (images à l’appui de la centrale encore debout et d’un cimetière dévasté en fond), ne trouvant de réconfort que notamment dans l’alcool ?
Le réalisateur Katsuya Tomita (Saudade ; Bangkok nites), figure montante du cinéma nippon, ne s’embarrasse pas de trop de considérations et juxtapose plusieurs plans ensemble, les accélérant parfois, afin de montrer et de prouver la situation méconnue, tour à tour « aigre, salée, pimentée, sucrée et amer », que vit son pays depuis maintenant 8 bonnes années....

C.LB



 
 
 
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