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Jojo rabbit

Sortie  le  29/01/2020  

De Taika Waititi avec Roman Griffin Davis, Thomasin McKenzie, Scarlett Johansson, Taika Waititi, Sam Rockwell, Rebel Wilson, Alfie Allen et Stephen Merchant


Jojo est un petit allemand solitaire. Sa vision antisémite du monde est mise à l’épreuve quand il découvre que sa mère cache une jeune fille juive dans leur grenier. Avec la seule aide de son ami aussi grotesque qu'imaginaire, Adolf Hitler, Jojo va devoir faire face à son nationalisme aveugle.

Quoi de plus naturel voire évident et même libératoire que de vouloir se moquer un peu des allemands et plus particulièrement des nazis lors de la Seconde Guerre Mondiale ! Quoi de plus drôle, aussi jouissif et décalé, pour ne pas dire légèrement irrévérencieux, que de les singer en pitres plus ou moins ridicules, saugrenus et bouffons, légèrement déjantés limite hallucinés sur les bords, avec des expressions et autres singeries du genre Le dictateur de Charlot ou bien alors To be or not to be de Mel Brooks ! C’est un peu normal quand on a vu au cinéma la plupart des films se rapportant au drame sordide qui s’est déroulé il y a de cela juste 75 ans ! Alors, tant qu’à en rire un bon coup et une bonne fois (pour toute ?), autant le faire avec une certaine allégorie et dans la démesure la plus complète !
Pour se faire, le réalisateur néo-zélandais Taika Waititi (Boy ; Vampires en toute intimité ; A la poursuite de Ricky Baker ; Thor : ragnarok) a décidé d’être des 2 côtés de la caméra, ici déguisé en Adolf Hitler certes assez peu probant et ressemblant mais néanmoins caricatural à souhait, bien trop doux et gentil pour être le célèbre Führer que l’on connait tous. D’ailleurs, il n’est pas le seul à s’amuser de la sorte, que ce soit Sam Rockwell en capitaine « gay » plein d’humanité, Rebel Wilson en secrétaire « expéditive » ou bien encore Stephen Merchant en officier de la Gestapo. Bref, chacun(e) est là pour parodier ce qui devrait être une comédie aussi provocante qu’hilarante !
Malheureusement, le rire escompté n’est pas (toujours) au rendez-vous, ni dans le rôle du jeune vaillant, futé et patriote allemand (« le plus loyal des petits nazis »), interprété par le touchant Roman Griffin Davis, bien trop sérieux (il tombe d’illusions en désillusions sans véritable nuance) et éloquent pour que cela soit totalement probant, ni dans celui de Scarlett Johansson qui joue sa mère aimante et collante au possible, et encore moins dans celui de Thomasin McKenzie qui, en jeune juive persécutée, s’exprime avec gravité comme une grande personne. Le seul qui arrive à nous faire parfois sourire n’est autre que Sam Rockwell, roublard comme ce n’est pas possible et toujours abonné aux interprétations de personnages quelque peu « dérangés » (La ligne verte ; Confessions d’un homme dangereux ; Three bilboards – les panneaux de la vengeance ; Vice).
Le délire satirique à l’esprit absurde qu’on attendait n’est donc pas vraiment présent, laissant la place à une mise en scène plus émouvante qu’autre chose, certes loufoque mais foutraque et très (trop) bavarde, ponctuée de dialogues uniquement dits en anglais (alors que l’histoire se passe intégralement en Allemagne et d’ailleurs les russes s’y mettent aussi !) et d’une BO pop/rock branchée (The Beatles ; Tom Waits ; David Bowie) qui n’a vraiment rien à voir avec l’époque décrite. Reste une représentation assez véridique des jeunesses hitlériennes, ainsi que des effets spéciaux plutôt réussis lorsque les explosions commencent à sonner l’heure du glas pour les soldats du 3ème Reich. A vouloir « égratigner » l’Histoire, Taika Waititi s’est quelque peu fourvoyé (n’est pas Roberto Benigni dans La vie est belle qui veut !)....

C.LB



 
 
 
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