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Tout simplement noir

Sortie  le  08/07/2020  

De Jean-Pascal Zadi et John Wax avec Jean-Pascal Zadi, Fary, Caroline Anglade, Lilian Thuram, Claudia Tagbo, Cyril Hanouna, Joey Starr, Vikash Dhorasoo, Matthieu Kassovitz, Augustin Trapenard, Soprano, Lucien Jean-Baptiste, Eric & Ramzy...


JP, un acteur raté de 40 ans, décide d’organiser la première grosse marche de contestation noire en France, mais ses rencontres, souvent burlesques, avec des personnalités influentes de la communauté et le soutien intéressé qu’il reçoit de Fary, le font osciller entre envie d’être sur le devant de la scène et véritable engagement militant...

La première impression que l’on peut avoir et surtout la première remarque que l’on pourrait se faire, c’est de savoir, en ces temps de contestations raciales massives, si un pareil titre de film restera tel quel à l’affiche sans être obligé de changer l’un de ses termes ! Il est vrai que le mot noir peut prêter à polémique et réaction en ce moment, d’autant plus amplifié par les nombreux mouvements, rassemblements, contestations et autres défilés qui viennent régulièrement ponctuer nos rues et ainsi les supports médiatiques aussi bien nationaux qu’internationaux. Quoi qu’il en soit, voilà la toute première « comédie prémonitoire antiraciste » - mais peut-on vraiment l’appeler ainsi ? – de l’ère post-confinement qui, par les hasards de son calendrier de sortie, arrive à point nommé dans l’espoir sans doute de faire réagie et peut-être même date dans le paysage culturel hexagonal, autant de par son sujet houleux que dans l’actualité ambiante actuelle.
En effet, il est question d’un homme « de couleurs » voire d’origine africaine plutôt en colère, qui a décidé de manifester place de la République le 27 avril - jour de l’abolition de l’esclavage - son mécontentement vis-à-vis de ces « frères » qui, à ses yeux, ne sont nulle part dignement représentés en France. Pas l’ombre d’un Martin Luther King à l’horizon ni de la plus petite présence d’un Mandela chez nous : raison de plus pour tenter de rameuter à sa cause un max de monde, dans la perspective de l’aider dans sa démarche - et, pourquoi pas, d’espérer en trouver un - en réunissant tant bien que mal celles et ceux qui ont réussis – il compte sur le soutien de « suffragettes » de sa communauté qui ont pignon sur rue en expliquant à chacun.e le bien fondé de son engagement, quitte à être pour cela malmené, rembarré, engueulé, réfuté, bafoué, dénigré ou récupéré, jusqu’à se mettre à dos toute sa congrégation ! – : d’où une impressionnante guest-list de célébrités plus ou moins « colorées » et de tous bords, venue gentiment parader, s’exhiber et s’emporter dans ce documentaire détourné, faussement improvisé et déguisé en pamphlet caricaturé plus ou moins comique !
Loin d’envisager que cette production parodique (pour ne pas dire utopique) devienne l’étendard, le porte-parole de quelques activistes antiracistes – peut-on vraiment parler de choux gras pour eux ? -, leur permettant ainsi de boire du petit lait dans un avenir proche (regardez l’Oréal qui s’engage à retirer certains écrits sur les flacons de ses produits !), elle s’amuse plus à nous montrer une énième fois les préjugés colportés ici et là qui ont la vie dure ! Malgré toute la bonne volonté du monde et les opportunités qui se présentent, le touchant Jean-Pascal Zadi, coréalisateur et acteur principal, n’est pas crédible une seconde (un parti-pris assumé), n’ayant pas la tête d’un symbole engagé, encore moins l’étoffe d’un héros ni celle d’un porte-parole et surtout pas celle d’un militant meneur de foule (il s’y prend mal, parlant franc et sans gant et dont les propos sont détournés !), ou plutôt si, celle de l’emploi, celui d’un amuseur de galerie, d’un pitre bouffon et ahuri, certes un tant soit peu ridicule sur les bords mais se plaignant et trop bavard, d’un enfant entêté qui ne veut pas lâcher l’affaire, s’imaginant même vivre prochainement un grand destin dit « démocratique ».
On aurait apprécié plus de profondeur d’esprit, de maîtrise narrative, de références « compétentes » en la matière, de situations barrées – il n’arrive pas à démonter les idées reçues, rabattues pour pas dire préconçues malheureusement depuis trop longtemps ! -, et moins de légèreté, de réactivités approximatives dans le ton moqueur comme dans le fond et la forme assez superficiels : bref, une bonne idée mal exploitée (à ne pas louper, néanmoins, le montage photos particulièrement bien vu, en forme de gros clin d’œil éhonté, lors du générique final)....

C.LB



 
 
 
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