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Michel-Ange

Sortie  le  15/12/2020  

De Andreï Konchalovsky avec Alberto Testone, Jakob Diehl, Francesco Gaudiello, Orso Maria Guerrini, Yuliya Vysotskya, Glen Blackhall et Adriano Chiaramida


Florence, au début du XVIe siècle. Même s’il est considéré comme un génie par ses contemporains, Michelangelo Buonarroti est réduit à la pauvreté après son combat pour terminer le plafond de la chapelle Sixtine. Lorsque son commanditaire – et chef de la famille Della Rovere – le pape Jules II meurt, Michel-Ange devient obsédé par l’idée de trouver le meilleur marbre pour terminer son tombeau. La loyauté de l’artiste est mise à l’épreuve lorsque le pape Léon X – de la famille rivale les Médicis – accède à la papauté et lui passe une nouvelle commande lucrative : la façade de la basilique San Lorenzo.
Obligé de mentir afin de conserver les faveurs des deux familles, Michel-Ange est victime de suspicion et d’hallucinations qui le mènent à faire un examen de sa propre morale et de ses échecs artistiques.


Le scénariste, réalisateur, producteur, acteur et même compositeur Andreï Konchalovsky (Maria’s lovers ; Runaway train ; Le bayou ; Le cercle des intimes ; Paradis) n’a vraiment pas son pareil à l’écran pour restituer et reconstituer à merveille une histoire, une époque et une ambiance. Il semble que pour ce biopic historique sur l’un des plus grands artistes italiens de la Renaissance, il se soit inspiré de certains maîtres de la peinture ainsi que de ceux de la photographie pour installer des scènes quasi bibliques et tourner des plans expressifs, proches de celles et ceux que l’on peut retrouver par exemple sur des œuvres et des visages soviétiques – et pour cause puisqu’il est lui-même d’origine russe. Pour l’occasion, les têtes « affreuses, sales et (parfois) méchantes » de ses acteurs attestent de la ressemblance frappante qu’il peut y avoir avec ces gueules d’ouvriers travaillant dans les mines de l’ex-URSS.
Passé ce constat flagrant, le célèbre metteur en scène nous « peint » cinématographiquement parlant le portrait, parfois illuminé pour ne pas dire fou, parfois fourbe limite peu reluisant, de ce célèbre créateur italien aussi génial qu’égocentrique, aussi divin que cupide, aussi loyal que traître, en un mot, une canaille, un vrai « Médicis » en puissance ! Si ce dernier oscille entre les propositions fort alléchantes de 2 riches et nobles familles de mécènes très influentes à l’époque, un tant soit peu opposées voire rivales et souvent en guerre (justement les fameux Médicis contre les Della Rovere), c’est pour mieux laisser libre cours à son insatiable envie – et sa fringale passion - de créer à travers des réalisations artistiques toujours plus belles et plus incroyables les unes que les autres (vous aurez d’ailleurs un petit aperçu de quelques-unes d’entre elles, surtout au final).
C’est donc un Michel-Ange certes animé et enfiévré mais néanmoins angoissé et torturé que l’on découvre, partagé d’un côté par son besoin vital et constant d’argent (sa misérable famille vit à ses crochets) et de l’autre, par ces moments d’extase créatif qu’il n’arrive pas toujours à contrôler ni à canaliser de façon ordonnée. Et c’est là que réside tout l’intérêt de cette production à la fois sobre (format réduit et dégagé de tous clichés « hollywoodiens ») et réaliste (tourné dans des lieux toujours existants qu’ils se trouvent à Florence, Rome, Carrare, Urbino, Pietrasanta ou bien encore au Vatican). La restitution à l’image d’endroits emblématiques comme de paysages fascinants est un ravissement autant pour l’œil que pour les émotions que ce film arrive à procurer.
Rajoutez là-dessus un jeu d’acteurs au diapason, tous formidables et monumentaux comme investis par leur rôle respectif (Alberto Testone ressemble à s’y méprendre à Michel-Ange), une suite de projets gigantesques qui dépassent la propre capacité de son auteur à pouvoir les réaliser en temps et en heure (il ne se met pas de limites au point d’en inachever certains !), sans oublier des absences répétées, des visions hallucinées (il voit des ennemis partout) et des réactions furieuses face aux « pensées impies » de ses congénères, et vous aurez le portrait contrasté, à la fois riche et complexe, de l’un des plus importants artistes italiens de tous les temps. Qu’il se soit assurément perdu en route pour cause d’entraves multiples et variées dues à son génie, cela peut se comprendre aisément aux vues des mœurs « misérables » de cette époque difficile encore très connotée moyenâgeuse, mais ça n’enlève en rien la force, la puissance, la magnificence, l’exigence et donc la rigueur de l’homme qui a créé notamment les fresques au plafond de la chapelle Sixtine et les sculptures, entre autres celles de David et de La Pietà...

C.LB



 
 
 
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