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The wicker man

Sortie  le  04/11/2020  

De Robin Hardy avec Edward Woodward, Christopher Lee, Britt Ekland, Diane Cilento, Ingrid Pitt, Lindsay Kemp et Russell Waters


La veille du 1er mai, un policier du continent vient enquêter sur la disparition d'une fillette sur un îlot écossais. Il se heurte à l'hostilité et au mutisme de ses habitants...



A première vue, cet « homme d’osier » ne semble pas être une œuvre cinématographique qui ait beaucoup marqué les esprits en son temps, lors de sa sortie en salles en 1973. Alors pourquoi le ressortir 47 ans plus tard ? Tout simplement parce que ce film fantastique, aussi bizarre et allumé qu’il puisse l’être, et aussi psychédélique qu’étrange en sa forme, est un long métrage que l’on pourrait tout à fait qualifier de malsain, de glauque, de sordide et de blasphématoire, voire aisément cataloguer de provocateur (surtout à l’époque où il fut réalisé), tant il raconte une enquête policière sur « un ilot de débauche » dans les Highlands peuplé non pas de cinglés ou déjantés mais plutôt d’illuminés normaux (comment ne pas penser à la célèbre série télévisée anglaise Le prisonnier datant de 1967 ?), des fanatiques religieux plus ou moins hippies sur les bords (et cela juste après son heure de gloire !), et composée d’une BO plus folk que pop (on est parfois pas très loin de la comédie musicale tant ça chante et ça joue à tout va !), le tout sur fond de mœurs particulièrement libertines et de cultes autour de libertés sexuelles.
Bref, un scénario pour le moins inattendu (on le doit à Anthony Shaffer, un auteur de théâtre responsable notamment de l’excellent Le limier, aussi bien sur les planches que sur pellicules ainsi que de l’inquiétant Frenzy pour Alfred Hitchcock) qui fait – presque – la part belle plus aux rites néo-païens qu’à ceux chrétiens, n’omettant pas d’utiliser des mots paillards dans certains dialogues et chansons, de montrer des représentations phalliques suggestives ici et là, sans oublier de voir des filles en fleur se promener toutes nues un peu partout (quelques scènes déshabillées avec Britt Ekland ne sont pas pour nous déplaire, bien au contraire !). Il est facile d’imaginer qu’un film comme celui-là, mis en scène de nos jours, choquerait pour ne pas dire serait impossible à tourner aujourd’hui ! Au final, on reste perplexe à la vue de ces rituels immoraux et autres images érotiques désuètes !
Et pourtant, même si ça a prit un petit ou plutôt un sacré coup de vieux, ce n’est pas faute d’y remarquer quelques singularités non-dénuées d’intérêt, comme par exemple les présences de Christopher Lee – sa « seigneurie » gourou, cheveux ébouriffés au vent - éloigné des productions horrifiques de la Hammer dont il s’était fait une spécialité, de Britt Ekland qui ne cache en rien sa féminité tout en générosité, et d’Edward Woodward (Héros ou salopards ; Commando ; Champions ; The equalizer) en sergent en mission officielle menant l’enquête mais particulièrement bigot, dévot et frustré, offusqué par les parties de jambes en l’air à foison. N’oublions pas non plus ces « tronches » de britanniques typiques, à l’attitude tour à tour sur la réserve puis décontractée, strict puis dévergondée, mais flegmatique en toutes occasions. En un mot, une réelle curiosité !
Amputé de 15 minutes au montage final au moment de sa sortie, ce film britannique, devenu culte avec les années, nous est proposé aujourd’hui avec des scènes coupées à l’époque qui ont été retrouvés en état mais qui ne forment pas la version longue originale – le fameux « final cut » - voulue et espérée par le réalisateur Robin Hardy (Angoisse à Dublin). S’en suit donc une mouture moyenne qui fera sans doute sourire certains, peut-être s’offusquer d’autres et vraisemblablement s’ennuyer les derniers, ne laissant quoi qu’il en soit personne indifférent à la vue de ce sujet décalé, atypique, idéologique pour ne pas dire ésotérique sur les conflits de croyances revues et corrigées cette fois à la sauce thriller angoissant, confrontation autour du paganisme intolérant qui semble être passé de mode mais, néanmoins, ô combien toujours d’actualité pour cause de polémiques parfois (ultra)sensibles....

C.LB



 
 
 
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