en 
 
 
cinema

 
 

Wendy

Sortie  le  09/12/2020  

De Benh Zetlin avec Devin France, Lowell Landes, Shay Walker, Stéphanie Lynn, Pamela Harper et Tommie Lynn Milazzo


Perdue sur une île mystérieuse où l'âge et le temps ne font plus effet, Wendy doit se battre pour sauver sa famille, sa liberté et garder l'esprit jovial de sa jeunesse face au danger mortel de grandir.

Wendy, vous le savez bien, c’est le prénom que porte la grande sœur, l’ainée de ses 3 plus jeunes frères qui, volant en direction d’un pays imaginaire, partaient pour cause de soif d’inconnu, en quête d’aventures palpitantes et de sensations fortes, parfaitement (d)écrites par le célèbre auteur J.-M. Barrie dans le fameux Peter Pan, avant que celui-ci ne soit porté à l’écran par les studios d’animation de chez Walt Disney. Rien n’a vraiment changé aujourd’hui ou presque puisque pratiquement tous les protagonistes – sauf les indiens et la fée Clochette ! - sont bel et bien là et de plus vivants, en chair et en os (Capitaine Crochet compris), transposés dans un monde réaliste tout à fait actuel. Même si ces derniers sont américains au lieu d’être anglais, et malgré le fait qu’ils ne sachent pas s’élever dans les airs comme dans le roman, ils sont néanmoins capables de pas mal de prouesses, en l’occurrence celles de faire gronder un volcan sur une île paradisiaque et désertée (ressemblant un peu à celle vue dans Jurassic Park), de garder une âme d’enfant en toute circonstance, et de ne pas (trop) grandir malgré la perspective « effrayante » à venir des changements du corps, de l’usure de l’esprit, de la disparition de l’émerveillement, sans oublier et surtout, de la peur de vieillir et de devenir un jour adulte.
Le mythe de rester éternellement jeune, insouciant et heureux, sans jamais renoncer à sa liberté, est cette fois réamnénagé de manière intégralement originale et contemporaine, plus proche de la réalité présente que celle de la légende et de ses archétypes, et cela sans forcément tomber dans une nouvelle relecture du « conte de fées » maintes fois (ré)adaptée au cinéma. L’astuce a été de faire interpréter les différents intervenants par des enfants non-professionnels à forte personnalité, débarrassés d’expressions, tics et autres artifices propres habituellement aux acteurs de leur âge, histoire de laisser place à leur tempérament sauvage, à leur côté naturel, joueur, malicieux, téméraire et indompté aussi, afin de coller le plus possible à leur personnage respectif. C’est d’autant plus flagrant qu’ils ne semblent pas jouer un rôle mais qu’ils sont tout simplement dedans, à fleur de peau. C’est le cas notamment de celle qui endosse le profil de Wendy, à la fois forte, féroce, généreuse, courageuse, hardie même, mûre, insoumise et fidèle à ses convictions, qui prend soin de sa « tribu », ainsi que de celui qui a le profil de Peter, un petit garçon de 6 ans d’origine afro-américaine à l’apparence incontrôlable, pour qui la fantaisie, la liberté et l’aventure ont un goût d’infini.
Le réalisateur Benh Zetlin (Les bêtes du sud sauvage) a réussi un pari un peu fou et plutôt assez pertinent bien que déconcertant pour le fan de base, celui de reprendre la trame de ce classique de la littérature jeunesse afin de la transposer dans une version totalement moderne, et de mettre en valeur les merveilles de la nature (il a tourné sur un véritable îlot des Caraïbes en faisant ressortir autant le côté naturaliste/écolo que celui fantastique – la « mère », créature sous-marine bienveillante et douce de 9 mètres de long, métaphore de la famille -), tout en filmant au plus près de son casting très attachant et, de surcroît, à sa hauteur. Il s’en dégage certes une certaine lenteur narrative et une certaine pensée intellectuelle autour des questionnements les plus difficiles de l’existence que peuvent avoir un enfant, cependant, il reste une sensibilité ambiante puissante, un esprit poétique fantaisiste, une agitation parfois frénétique, une dynamique de groupe palpable, un sentiment de rêverie changeante et une atmosphère d’ailleurs lointain (exacerbé par les cloches, les sifflements et les sirènes des vieux trains), synonyme de voyage : « Les rebelles, ceux qui ont une lueur dans le regard, prennent la fuite ». Tout compte fait, ça a également du bon la famille et l’existence en tant qu'adulte, et cela en dépit de l'inexorable vieillissement, des nombreuses responsabilités comme des multiples désagréments qu'elles impliquent....

C.LB



 
 
 
                                                      cinema - theatre - musique