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In the mood for love

Sortie  le  10/02/2021  

De Wong Kar-Wai avec Tony Leung Chiu Wai, Maggie Cheung, Rebacca Pan, Lai Chen, Siu Ping-Lam, Chin Tsi-Ang et Roy Cheung


1962, Hong Kong. Chow Mo-Wan, rédacteur en chef, et sa femme, emménagent dans un nouvel appartement, il voit très peu son épouse, fréquemment prise par des occupations de dernière minute. Le même jour, Su Li-Zhen, secrétaire, et son mari, exportateur, voyageant régulièrement pour affaires, emménagent dans l’appartement d’à côté.
Les deux couples voisins n’ont aucune relation – sauf à se croiser dans l’escalier lorsqu’ils sortent faire les courses. Leur solitude commune et d’évidentes affinités rapprochent Su Li-Zhen et Chow Mo-Wan, jusqu’au jour où ils comprennent que leurs époux respectifs, entretiennent ensemble une liaison…


Voilà une très bonne occasion de (re)découvrir le film romantique ultime par excellence du célèbre réalisateur hongkongais Wong Kar-Wai, restauré 20 ans après sa sortie en salles, celui-là même qui fut ovationnée d’abord par le public cannois - Tony Leung y a obtenu le Prix d'interprétation masculine en 2000 - avant de l’être par les cinéphiles du monde entier. Si vous aimez les plans léchés à l’extrême, tout en délicatesse, grâce, élégance et pureté (merci à Christopher Doyle, directeur de la photographie !), tour à tour lents, brefs et entrecoupés de ralentis - d’abord accompagnés d’une même musique aussi lancinante que pénétrante et répétitive, puis d’une BO légèrement plus variée tout en restant assez laconique -, des acteurs reconnus aussi charismatiques que talentueux – quasiment toute « l’action » est focalisée sur les 2 personnages principaux qui jouent avec une justesse flagrante (vous ne verrez jamais à l’image ou alors de dos, ou bien vous ne les entendrez qu’en voix off, l’épouse ou le mari de l’un et l’autre !) -, et une histoire sentimentale naissante d’une grande sensibilité et d’une certaine sensualité également, vous savez ce qu’il vous reste à faire !
De leur rencontre somme toute inopinée à leur déclaration amoureuse plutôt réservée (surtout pour l’une), en passant par un premier contact entre voisins, des regards certes pudiques et furtifs mais intenses dans une ruelle étroite, une fréquentation amicale, des échanges verbaux et autres confidences tout en retenue comme s’ils étaient chacun sur la défensive, va s’installer petit à petit un climat émotionnel ambiant très fort, ponctué certes de peu de mots – que de non-dits ! - mais de pas mal de sensations et « coïncidences ». Vont-ils faire comme leurs conjoints respectifs ? Mystère mais là n’est pas le plus important. Ce qui compte surtout, c’est cette atmosphère entre hésitation et complicité, attente et désespoir, impressions fugaces et humeurs changeantes ou du moment, le tout sur fond de pudeur, de lassitude, d’appréhension, de discrétion et de justification (la promiscuité, omniprésente ici, les oblige à essayer d’éviter tout commérage « sans fondement » qui semble aller bon train).
Le réalisateur a su, grâce notamment à l’excellent choix de son casting pour le moins expressif, exprimer à la perfection la confusion des sentiments chez ses protagonistes, dépeignant une période révolue (les années 60) avec parcimonie et sens du détail (Maggie Cheung, déjà présente dans As tears go by, Nos années sauvages et Les cendres du temps du même cinéaste qu’ici, est moulée, pardon, apprêtée à la perfection), époque où les bonnes manières primaient sur le désir « interdit ». Même si nous sommes « plongés » - et parfois mouillés - à Hong Kong, puis Singapour ou au final au Cambodge, à Angkor exactement (images d’archives à l’appui), vous ne verrez à l’écran, pendant 1h30, que 3 ou 4 mêmes lieux intérieurs harmonieux - chambres, appartement, bureau, restaurant -, un moyen comme un autre de rester « immergés » voire parfois emprisonnés dans un environnement mélancolique et romantique à la fois d’une précision infime, d’une subtilité intime, d’un esthétisme sublime, d’un grand sens artistique visuel et d’une finesse émotionnelle parfaite. Bref, du grand (7ème) art, ni plus ni moins....

C.LB



 
 
 
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