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Le discours

Sortie  le  17/02/2021  

De Laurent Tirard avec Benjamin Lavemhe, Sara Giraudeau, Kyan Khojandi, Julia Piaton, François Morel, Guilaine Londez et Sébastien Chassagne


Adrien est coincé. Coincé à un repas de famille qui lui donne des envies de meurtre, où papa ressort la même anecdote que d’habitude, maman ressert le sempiternel plat et Sophie, sa sœur, écoute son futur mari comme s’il était Einstein. Alors, Adrien attend. Il attend que Sonia réponde à son sms et mette fin à la « pause » qu’elle lui fait subir depuis un mois. Et voilà que Ludo, son futur beau-frère, lui demande de faire un « petit » discours pour le mariage ! Adrien panique. Mais si ce discours était finalement la meilleure chose qui puisse lui arriver ?

Un film rien que pour un (presque) unique acteur, ici Benjamin Lavemhe, comme on pourrait l’écrire aujourd’hui par exemple pour un Fabrice Lucchini, un Jean Dujardin, un Christian Clavier, un Omar Sy, un Alain Chabat ou bien, en son temps, pour un Alain Delon ou alors un Jean-Paul Belmondo ! Un rôle sur mesure – une fois encore ! - pour ce comédien sociétaire de la Comédie Française, déjà apparu au cinéma à plusieurs reprises, s’étant fait remarquer notamment dans Radiostars – sa toute première prestation en 2012 -, Un beau dimanche, L’affaire SK, L’Odyssée, Le sens de la fête et récemment dans Mon inconnue. Bref, une excellente opportunité de montrer toute l’étendue du talent que cet artiste possède, à la fois nature, attachant et agréable, au potentiel sympathie indéniable : bref, toute une palette de nuances de jeu qui devrait le placer bientôt en tête des français les plus « bankable » à l’écran !
C’est simple, il est omniprésent à l’image pendant 1h30 (tout est concentré sur lui et lui seul), s’adressant autant à ses quelques partenaires – entre autres Sara Giraudeau, Julia Piaton et François Morel - qu’à nous spectateur et cela bien face caméra, semblant réciter son texte alors que sa subtilité de jeu réside dans l’art et la manière de se l’approprier. Il a beau dire qu’« il est incapable de parler en public », il ne rate pas une (bonne) occasion de nous prouver le contraire, aussi à l’aise dans la remise en cause de ses nombreux états d’âme (et tous les cas de figure défilent, « échecs, regrets, remords, lamentations, ressentiments, entre espoir et désespoir, colère et complaisance », avec en prime sa conscience tel un double de lui-même en aparté plutôt furtif), que dans les différentes expressions de son fameux « discours », celui qu’il va devoir faire devant la famille lors de la cérémonie nuptiale de sa sœur.
Malgré une mise en scène somme toute légère et assez classique, sans réelle densité ni véritable saveur et encore moins de grande élaboration, voire un brin consensuel sur les bords et un chouia théâtral dans sa forme (celle du réalisateur/scénariste Laurent Tirard à qui l’on doit pourtant les déjà plus inspirés Mensonges et trahisons et plus si affinités, Molière, Le petit Nicolas 1 & 2, Un homme à la hauteur, ainsi que Le retour du héros), on se laisse happer par les multiples pensées – celles du « héros » comme celles des autres protagonistes – et autres thèmes abordés, de comment tout cela pourrait bel et bien se dérouler, pas loin d’une liste de courses, pardon, de choses à entreprendre dans sa tête, une façon comme une autre d’appréhender le mieux possible le moment fatidique où il va devoir parler au micro devant tout le monde pendant le diner. Qui n’a jamais été confronté à ce type de situation ne peut pas comprendre par quel degré de crainte et quel stade d’angoisse on est capable de passer !
En résumé, voilà une comédie intelligente et drôle qui se laisse gentiment voir – tirée du roman éponyme de FabCaro – mais, surtout, un acteur/comédien formidable sur qui il faudra dorénavant compter puisqu’il va forcément s’imposer : retenez bien son nom, il s’appelle Benjamin Lavemhe.....

C.LB



 
 
 
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