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Le cas Richard Jewell (sur Canal +)

Sortie  le  16/02/2021  

De Clint Eastwood avec Paul Walter Hauser, Sam Rockwell, Kathy Bates, Jon Hamm, Olivia Wilde et Nina Arlanda (sur Canal +)


En 1996, Richard Jewell fait partie de l'équipe chargée de la sécurité des Jeux d'Atlanta. Il est l'un des premiers à alerter de la présence d'une bombe et à sauver des vies. Mais il se retrouve bientôt suspecté... de terrorisme, passant du statut de héros à celui d'homme le plus détesté des Etats-Unis. Il fut innocenté trois mois plus tard par le FBI mais sa réputation ne fut jamais complètement rétablie, sa santé étant endommagée par l'expérience.

Le grand – dans tous les sens du terme – Clint Eastwood s’attaque à nouveau à ses sujets de prédilection depuis quelques temps : des biopics à la gloire de héros uniquement américains, autour d’histoires vraies vécues par des « monsieur-tout-le-monde » plutôt normaux voire ordinaires et pour certains modestes, qui ont un jour réalisés quelque chose d’incroyable – sauver des vies -, au point de devenir des célébrités du jour au lendemain, essentiellement dans leur pays. Après celle d’un tireur d’élite de l’armée américaine durant la guerre d’Irak dans American sniper., puis celle d’un commandant de bord qui a réussi l’amerrissage forcé d’un Boeing sur l’Hudson River à New York dans Sully, suivi de celle de 3 militaires U.S. en permission qui ont maîtrisé un terroriste lors d’une tentative d’attentat à l’intérieur d’un train Thalys dans Le 15h17 pour Paris, c’est au tour d’un agent de sécurité bienveillant, lui aussi patriote dans l’âme devenu héros national, qui bien qu’ayant tenté de déjouer un attentat à la bombe, fut accusé à tort d’en être l’instigateur.
Fait divers inconnu ou du moins passé presque inaperçu chez nous, on pouvait donc s’attendre à ce que le réalisateur nous serve un scénario digne de ce nom, aussi intriguant qu’haletant, plein de tragédie, de complexité, de suspense et de rebondissements comme il a su si bien y faire précédemment. Sauf que le parcours de ce modeste vigile de plus diabétique, « partisan de la loi et de l’ordre » (joué par Paul Walter Hauser, vaguement aperçu dans Moi Tonya et Blackkklansman : j’ai infiltré le Ku Klux Klan), qui parle à tort et à travers malgré les recommandations de son avocat (sous les traits du talentueux Sam Rockwell) et qui vit encore chez sa maman (interprétée par l’excellente Kathy Bates), ne passionne pas franchement les foules. Autant l’acharnement machiavélique façon chasse aux sorcières, aussi bien du côté gouvernemental – à travers les rapaces du FBI - que celui médiatique (les charognards de la presse ainsi que les chacals de la télévision) autour de sa personne est parfaitement dépeint, autant le profil du « gentil qui se bat contre les méchants » et pétri de bonnes intentions, soi-disant poseur de bombes au passé merdique et frustré en quête de dignité, est quelque peu agaçant, appuyé, souligné, voire exagéré pour ne pas dire tiré par les cheveux. Ca a beau s’être passé ainsi, on a du mal à y croire, surtout pendant plus de 2 heures !
Heureusement, la prestation du casting (rajoutons les formidables seconds rôles d’Olivia Wilde et de Jon Hamm) est à la hauteur de nos attentes, sauvant un tant soit peu les multiples pérégrinations de ce trio de personnages principaux cités ci-dessus, chacun(e) évoluant dans un lieu clos presque unique, l’appartement du suspect. On n’est pas loin d’ailleurs d’une pièce de théâtre pendant quasiment la moitié du film ! Le jeu écrasant de manipulations et des persécutions, qu’elles viennent d’agents fédéraux sans remord en quête de combines et autres pièges à poser ou bien des journalistes acharnés, avides de scoops sans aucune preuve tangible pour étayer leurs propos ou écrits, traîne en longueur, au point qu’on se demande quand va s’arrêter une bonne fois pour toute cette « mascarade » médiatico-policière emballée, cette enquête fédérale au mécanisme implacable rondement malmenée par des incompétents caricaturaux à la fois pathétiques et édifiants, suivie sous le feu des projecteurs d’une machine à broyer qui ne demande qu’à « griller » des vies.
On aurait aimé sans aucun doute que Clint fasse preuve d’un peu plus de nuance et de subtilité narratives que d’idéalisme convenu, naïf et factice envers l’honneur perdu de cet ancien aspirant-flic, dans sa mise en scène somme toute assez mineure, certes solide, fluide, tendre, authentique et réaliste – toujours d’actualité d’ailleurs ! – mais plate, très – trop - sobre, épurée de tout effet de tension surprenant si ce n’est un certain pathos ambiant, assez poussive et classique dans sa forme, à la limite même académique, qui a soif de justice en toute occasion - et situation.

C.LB



 
 
 
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