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Judy (sur Canal +)

Sortie  le  23/02/2021  

De Rupert Goold avec Renée Zellweger, Jessie Buckley, Finn Wittrock, Rufus Sewell, Michael Gambon, Richard Cordery et Bella Ramsey (sur Canal + les 23 & 27/02 + le 01/03)


Hiver 1968. La légendaire Judy Garland débarque à Londres pour se produire à guichets fermés au Talk of the Town. Cela fait trente ans déjà qu’elle est devenue une star planétaire grâce au Magicien d’Oz. Judy a débuté son travail d’artiste à l’âge de deux ans, cela fait maintenant plus de quatre décennies qu’elle chante pour gagner sa vie. Elle est épuisée. Alors qu’elle se prépare pour le spectacle, qu’elle se bat avec son agent, charme les musiciens et évoque ses souvenirs entre amis ; sa vivacité et sa générosité séduisent son entourage. Hantée par une enfance sacrifiée pour Hollywood, elle aspire à rentrer chez elle et à consacrer du temps à ses enfants. Aura-t-elle seulement la force d’aller de l’avant ?

« Over the rainbow », titre tiré du film Le magicien d’Oz et interprété en son temps par l’actrice Judy Garland qui lui permit d’accéder à une consécration internationale, est sans aucun doute l’une des chansons les plus connues au monde et vous n’échapperez donc pas à sa version par celle qui l’incarne merveilleusement ici à l’écran, Renée Zellweger. Allant jusqu’à lui ressembler physiquement à cette période – coupe de cheveux courte, démarche hésitante, posture légèrement voutée, visage amaigri, yeux plissés, moue boudeuse, gestuelle appropriée et autres mimiques soulignées en tout genre -, elle porte littéralement sur ses frêles épaules – et fragiles omoplates - ce rôle « écrasant » dans un biopic, inspiré de la comédie musicale End of the Rainbow écrite par Peter Quilter en 2005, qui retrace notamment les derniers mois de la relative courte existence de cette star devenue icône gay (Judy Garland décéda à l’âge de 47 ans).
Ce n’est d’ailleurs pas pour rien si Renée Zellweger a remporté plusieurs récompenses bien méritées, dont l’Oscar et le Golden Globe de la meilleure actrice il y a tout juste un an, tant sa performance est à souligner haut la main. Certains diront peut-être qu’elle en fait un peu trop à l’image, qu’elle minaude un tant soit peu de façon maniérée, mais il faut tout de même reconnaître que le personnage qu’elle incarne n’était pas non plus quelqu’un de facile ni d’irréprochable, peu fiable, perpétuellement en retard, capricieuse, injurieuse, souvent éméchée, bref, ingérable. Et puisque toute l’attention est concentrée sur cette femme « hors du commun », elle a forcément tendance à éclipser le reste du casting qui reste convaincant et s’en sort avec les honneurs, caricature comprise du producteur-pygmalion Louis B. Mayer, fondateur de la célèbre MGM (gros ventre, gros cigare, gros pervers).
Le réalisateur Rupert Goold (True story), mais surtout connu en tant que directeur de théâtre anglais, s’est contenté d’adapter avec application le scénario d’un point de vue très théâtral, filmant le plus souvent possible en intérieur – entre les coulisses des studios de cinéma et les planches de la scène d’un cabaret londonien -, un moyen comme un autre de montrer l’enfermement ambiant et le côté artificiel dans lesquels cette vedette vivait à son époque, cantonnée à jouer et à chanter jusqu’à l’épuisement total. Vous aurez même le droit à son chant du cygne au final en forme de tire-larmes, histoire de prouver à nouveau que Renée Zellweger sait parfaitement chanter après sa prestation vocale dans le film Chicago sorti en 2002 : elle interprète cette fois 4 chansons d’une manière assez en retenue, presque statique, limite figée. Sans être pour autant une comédie musicale, cette destinée certes dramatique mais authentique, tournée de façon très académique, à la fois lente, émouvante et indulgente, bourré plus de petites anecdotes redondantes que de faits profonds et marquants, n’en est pas moins une sacrée tranche de vie autour d’une artiste d’exception manipulée qui a vécu une existence tumultueuse, compliquée, agitée et malmenée à l’excès, aussi palpitante et flamboyante qu’édifiante et éreintante, flashbacks à l’appui….

C.LB



 
 
 
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