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Teddy

Sortie  le  30/06/2021  

De Ludovic et Zoran Boukherma avec Anthony Bajon, Ludovic Torrent, Christine Gautier, Noémie Lvovsky, Guillaume Mattera et Jean-Paul Fabre


Dans les Pyrénées, un loup attise la colère des villageois.Teddy, 19 ans, sans diplôme, vit avec son oncle adoptif et travaille dans un salon de massage. Sa petite amie Rebecca passe bientôt son bac, promise à un avenir radieux. Pour eux, c’est un été ordinaire qui s’annonce. Mais un soir de pleine lune, Teddy est griffé par une bête inconnue. Les semaines qui suivent, il est pris de curieuses pulsions animales…

La vie en province, notamment dans la campagne tranquille occitane, n’est semble-t-il pas toujours de tout repos, et cette histoire gore en est une preuve « irréfutable », du moins, « flagrante ». Hurler les nuits de pleine lune, sans aller jusque là, avoir les poils qui poussent sur la langue et même jusque sur l’œil, passe encore, mais mordre les gens est une chose bien particulière qui se doit d’être sanglante ou, si vous préférez, avec des codes bien précis à respecter comme tout film de genre style loup-garou qui se respecte. D’ailleurs, l’ambiance est de rigueur, quelque peu angoissante sur les bords, installée grâce à une bande-son et une BO bien soutenues allant crescendo et un minimum de transformation ou, plutôt, de « mutation interne », à l’aide d’effets spéciaux sporadiques voire très discrets et jamais frontaux.
C’est que faire un long-métrage sur un tel sujet dit horrifique n’est pas forcément la spécialité de la production cinématographique française, en général plus enclin à tourner des gaudrioles franchouillardes, des comédies romantiques, des policiers plus ou moins typés thriller ou bien des films d’auteurs. On aurait presque tendance à dire qu’ici, c’est du cinéma indépendant tendance nature, lucide et réaliste, estampillée le Nord de l’hexagone, interprété avec un casting du cru – avec de ces gueules ! - et joué en majeur partie par des amateurs non-professionnels qui donnent l’impression d’improviser certains de leurs dialogues. Ca sonne certes parfois un peu faux et absurde mais néanmoins vrai avec un petit côté barré, parfois « à l’ouest » : on pense bien sûr aux longs métrages de Delépine & Kerven et, surtout, à ceux de Bruno Dumont, l’univers du milieu rural bien mis en avant.
Même si ça « sent » le 1er film « risqué », avec des idées certes pas toutes totalement abouties – surtout au niveau de la caricature soulignée des certains personnages - mais avec des promesses somme toute tenues, celles entre autres de nous faire sourire – les frères jumeaux Boukherma n’ont signé que des courts métrages auparavant -, le choix des acteurs est crucial et celui notamment du rôle principal, un rebelle marginal mais sincère, décontracté, décomplexé, effronté, violent, frustré, humilié, inadapté à son environnement proche un tantinet méprisant envers lui, tenu par le formidable Anthony Bajon (Nos années folles ; Rodin ; La prière ; Au nom de la terre), montre bien que l’on peut mélanger les genres - faire un bon film horrifique assez singulier dans sa forme et avec un style dit « social » dans son fond -, sans pour autant avoir recours à des (grosses) têtes d’affiche - Noémie Lvovsky (qui ressemble un peu à Marianne James) est venue cautionner ce cinéma sobre, « direct » et sans fioriture -, ni avoir besoin de gros moyens financiers, si ce n’est beaucoup de (bonne) volonté et un peu de « gratitude » tout de même.

C.LB



 
 
 
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