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Michael Cimino, un mirage américain

Sortie  le  19/01/2022  

De Jean-Baptiste Thoret avec John Savage, Tommy Fitzgerald, James Tobak, Quentin Tarantino, Oliver Stone…


En avril 2010, Jean-Baptiste Thoret prend la route avec Michael Cimino, de Los Angeles au Colorado. « Si vous voulez comprendre mes films, lui avait alors dit le réalisateur de Voyage au bout de l’enfer, vous devez voir les paysages où ils ont été tournés ». Ce road-movie oral et enregistré deviendra d’abord un profile publié dans les Cahiers du Cinéma puis un livre, Michael Cimino, les voix perdues de l’Amérique (Flammarion).
Dix ans plus tard, Cimino n’est plus mais son fantôme continue de hanter certains replis de l’espace américain.
Tourné au cours de l’hiver 2020, Michael Cimino, un mirage américain, repart sur les traces de Michael Cimino, à la recherche de son Ouest, cette Amérique réelle et fantasmée qui a traversé ses films, des espaces grandioses du Montana où il a tourné La Porte du paradis à la communauté de Mingo Junction, Ohio, cette petite ville sidérurgique qui a servi de décor à Voyage au bout de l’enfer.


Le regretté Michael Cimino a été l’un des réalisateurs américains qui a su le mieux magnifier les vastes étendues et autres endroits aussi bien sauvages qu’habités aux Etats-Unis, et plus spécialement dans certains lieux où il a tourné quelques-uns de ses films devenus pour certains cultes (7 en tout, sur une période de 22 ans tout de même, entre 1974 et 1996). Parmi eux, 2 états U.S. – l’Ohio et le Montana – lui ont servi de décors naturels - ou pas - pour 2 de ses films les plus marquants (dans tous les sens du terme), Voyage au bout de l’enfer et La porte du paradis.
Dans ce documentaire de 2h10, le cinéaste, écrivain, journaliste et critique français Jean-Baptiste Thoret (We blew it, en 2016) se lance dans une espèce de road-movie plutôt nostalgique, à la recherche de celles et ceux qui ont côtoyé ou croisé Cimino de près comme de loin. Il a refait le voyage entre autres vers cette vraie petite ville métallurgique - à l’époque très vivante - de Mingo Junction où Cimino avait planté sa caméra en 1977 pour représenter la bourgade ouvrière dont étaient issu les 4 héros de Voyage au bout de l’enfer. Si celle-ci a bien changé depuis toutes ces années, les habitants eux n’ont pas oublié cette « période fantastique » et se souviennent du temps où ils suivaient et même participaient au tournage, allant jusqu’à inspirer le réalisateur qui les avait prit comme modèles en les montrant tel qu’ils étaient.
Si ce biopic revu et corrigé en hommage au grand scénariste et metteur en scène est plutôt assez fourni et fouillé – on a le droit à une bonne demi-heure sur l’ensemble de sa filmographie avec des extraits et des images de cette belle époque -, on a en revanche le reste du film extrêmement redondant, autour duquel ses fameux habitants, témoins certes laborieux mais poignants, se lamentent sur 40 ans en arrière, s’apitoyant sur leur triste sort d’oubliés aujourd’hui. Et ce ne sont pas les rares interventions de John Savage (l’un des acteurs principaux de Voyage au bout de l’enfer), de Quentin Tarantino (admiratif du parcours de Michael) et d’Oliver Stone (assez virulent sur son confrère) qui donnent du relief au personnage ici dépeint.
Bien que décrié à maintes reprises, le génial Michael Cimino est ici le héros de ce documentaire chargé de souvenirs et d’anecdotes, souvent présent à l’écran sous forme de voix off, narrateur malgré lui de ce périple qui nous replonge avec émotion au cœur d’une Amérique autant réelle qu’idéalisée. Malgré un grand nombre de longueurs lyriques et de lenteurs narratives, on se laisse néanmoins bercer par ce parcours mélancolique, émouvant et décrit hors norme, autant incroyable qu’atypique, à travers de simples flash-back autour de ses différentes productions réalisées (Le canardeur ; L’année du dragon, Le sicilien) ou non (un remake du film Le rebelle de King Vidor, tourné en 1949 avec Gary Cooper, mais jamais abouti), ainsi que par une BO d’enfer, d’abord russe, puis country et enfin rock, en fonction de l’endroit représenté.

* Le film a obtenu le Grand Prix du Jury au Festival International du Film d'Histoire de Pessac dans la catégorie "Histoire du cinéma" en novembre dernier.

C.LB



 
 
 
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