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L’amour, c’est mieux que la vie

Sortie  le  19/01/2022  

De Claude Lelouch avec Sandrine Bonnaire, Gérard Darmon, Ary Abittan, Philippe Lellouche, Kev Adams, Elsa Zylberstein, Béatrice Dalle, Clémentine Célarié et Robert Hossein


Les trois A : L’AMOUR, L’AMITIÉ et L’ARGENT sont les trois principales préoccupations de l’humanité. Pour en parler le plus simplement possible, Gérard, Ary et Philippe ont fait connaissance il y a 20 ans, à leur sortie de prison, et se sont tout de suite posé la vraie question : Et si l’honnêteté était la meilleure des combines ? Aujourd’hui, ils sont inséparables et scrupuleusement vertueux… Mais Gérard apprend qu’il souffre d’un mal incurable. Le sachant condamné, Ary et Philippe veulent lui offrir sa dernière histoire d’amour… car Gérard a toujours répété que l'amour, c’était mieux que la vie.

A chacun(e) d’accepter ou non cet aphorisme ou, si vous préférez, cette théorie selon laquelle « l’amour, c’est mieux que la vie ». On y verra, pardon, lira ce que l’on veut bien y croire, n’empêche qu’après 60 ans de cinéma – avec tout juste 50 films au compteur -, Claude Lelouch ne cesse de ressasser voire de radoter les mêmes sujets scénaristiques autour des mêmes réflexions autant amoureuses qu’existentielles et cela à partir d’une simple idée souvent « sentimentale » qu’il brode en plusieurs petites scénettes plus ou moins charmantes, désarmantes, touchantes, larmoyantes et quelques fois amusantes, dans un style « tranches de vie » qui se succède. Il ne déroge donc pas encore une fois à sa sacro sainte règle de nous (ra)conter avec sincérité notamment la relation amoureuse peu probable autour d’une rencontre dite « fortuite » entre un riche mourant sensible et une pétillante femme d’expérience (une mère maquerelle quoi !), qui se transformera bien évidemment en la plus belle histoire d’amour qui soit, néanmoins aussi courte soit-elle dans le temps (4 jours) mais pas forcément à l’écran (s’étirant sur 1h55).
Presque 2 heures pour nous montrer qu’il est encore capable de filmer avec un casting haut en couleurs et toujours 4 étoiles, autour d’actrices et d’acteurs qu’il a pour la majorité déjà fait tourné (un melting-pot toutes générations confondues !) devant sa caméra de plus en plus petite et légère (caméra HD), et qu’il s’amuse à replacer ici et là au gré de son humeur, soit assez furtivement soit plus longuement. Si le performant Gérard Darmon, en « fanfaron » qui s’apitoie parfois sur son (triste) sort (à venir), est omniprésent en gros plan à l’image, Kev Adams lui n’a fort (mal)heureusement pas le temps ni la possibilité de prouver qu’il n’est pas vraiment capable de marquer de son empreinte durable et « indélébile » ses quelques minutes devant l’objectif, ni d’être à la hauteur avec le reste des protagonistes présents. Saluons tout de même au passage les prestations plutôt convaincantes, lumineuses et rigolotes de Béatrice Dalle en diable(sse) effrontée, d’Elsa Zylberstein en miraculeuse banquière, et Clémentine Célarié en flic désabusée qui a raté sa vocation première !
Là où le réalisateur pourtant octogénaire aurait pu s’abstenir de filmer, c’est cette proportion pour ne pas dire cette constance un tant soit peu voyeuriste à exprimer la mort qui rôde mais sans être dramatique et cela sous plusieurs formes différentes, comme la présence de Robert Hossein vieillissant (sa toute dernière apparition à l’écran) ; les échanges verbaux bienveillants autour de cette thématique morbide lors d’un déjeuner entre amis ; les souhaits, désirs, élucubrations et autres rengaines sur la disparition prochaine et de toutes les choses qu’on n’a pas faite mais qu’on aurait bien aimé faire. Pour enfoncer un peu plus le clou de la « mortalité » ambiante, il nous repasse en vitesse quelques extraits de ses œuvres passées, ainsi que de toutes celles et tous ceux qu’il a choisi pour jouer dans ses propres films, plus proche d’un cher hommage posthume « au présent » à toutes celles et tous ceux qui ont disparu, bel et bien morts et enterrés. On a d’ailleurs ici la très nette impression qu’il veut nous envoyer un message, d’en profiter avant qu’il ne soit trop tard !
Bref, il a voulu se faire plaisir en essayant de s’octroyer une dernière parenthèse « testamentaire » (pas loin d’une éloge funèbre avant la retraite) en conjurant le sort (sans doute par peur de cette inexorable fatalité qui nous pend tous au nez !), tout en touchant à son sujet de prédilection qu’il aime tant mettre en scène : cadrer le reste de sa « troupe » de copin(e)s jeunes et vieux affichant un naturel confondant, celles et ceux qui sont encore en « vie » et qui peuvent toujours exprimer l’humanité et l’amour à l’écran (sur fond de rengaine autant agaçante qu’incessante), se raccrochant à elles/eux comme une ultime bouée lancée aux spectateurs avant qu’il ne tire une bonne fois pour toute sa révérence du paysage cinématographique (il a la peau dure, le bougre !). Il se rapproche aussi de la religion ainsi que de ses multiples croyances (avec l’apparition candide de Jésus en personne, qui joue l’âme charitable auprès de certains, tout en baisant au passage les pieds d’un Christ en bois, et la vue d’un ménorah, le chandelier à 7 branches des Hébreux), un moyen comme un autre d’espérer gagner le paradis des cinéastes qui ont pleinement officié pour le 7ème art, avec acuité et dévotion si, bien sûr, « les conditions sanitaires le permettent »…

C.LB



 
 
 
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