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Red rocket

Sortie  le  02/02/2022  

De Sean Baker avec Simon Rex, Bree Elrod, Ethan Darbone, Suzanna Son, Judy Hill, Brenda Deiss et Vickie Pearce


Mikey Saber revient dans sa ville natale du Texas après des années de carrière de pornstar à Los Angeles. Il n'y est pas vraiment le bienvenu... Sans argent, sans emploi, il doit retourner vivre chez son ex-femme et sa belle-mère… Pour payer son loyer, il reprend ses petites combines mais une rencontre va lui donner l’espoir d’un nouveau départ.

Très loin d’être une suite du long métrage américain intitulé Rasta rockett sorti en 1993 (l’histoire véridique d’une équipe jamaïcaine de bobsleigh), ce « Red rocket » pourrait aisément se traduire par le sexe masculin en action. Sans être non plus le nom d’un film porno – même si le titre est néanmoins explicite et frôle la provocation : il faut bien appeler un chat un chat ! -, cette production indé parle autant du retour « inattendu » de l’enfant « prodige », pardon, déchu au bercail (« commencer un nouveau chapitre de sa vie ») que de ses mérites pendant sa carrière de star de l'industrie pornographique durant 20 ans, d’autant que la « queue » entraperçue rapidement à l’écran n’est pas celle d’un petit félin domestiqué.
Mais rassurez-vous, le protagoniste principal de cette comédie douce-amère ne fait que se vanter oralement de ses « mérites » passés, joignant l’utile (les techniques pour durer dans le métier) à l’agréable (le nombre de « partenaires rencontrées » et les prix glanés au passage), le tout sur fond d’ébats certes discrets mais affichés, et de discours électoraux. C’est que nous sommes à l’époque où Donald Trump était en pleine campagne à la fois flamboyante et narcissique pour sa future candidature à la présidence des Etats-Unis de 2017. Et le « trou pourri » où se retrouve notre « héros » est bien à l’image contrastée de ce condensé d’Amérique profonde authentique, à travers une ville paumée et désolée, peuplée plus ou moins de « ploucs » vivants dans la précarité (ils ont de ces gueules !) que ce dernier, optimiste invétéré, va essayer de séduire sans relâche à coup de charme et de boniments ironiques, sans l’ombre d’un doute à son égard ni aux conséquences quant à son possible avenir.
Politiquement incorrect mais uniquement verbalement parlant – on vous disait qu’il fallait appeler un chat un chat ! -, cette réalisation décalée de Sean Baker (Prince of Broadway ; Tangerine ; The Florida project) met en avant l’excellent, aussi sensible qu’attachant Simon Rex (Scary movie 5) qui joue un baratineur patenté qui essaye de survivre et un hâbleur affiché plus vrai que nature (il fut un temps acteur dans des films pour adultes avant de devenir rappeur). Rôle de composition ou non, il crève littéralement l’écran avec sa bonne tête séduisante, ses beaux yeux bleus et ses réponses sidérantes à (presque) tout, beau parleur comme il est (ce n’est pas pour rien s’il a été un temps animateur sur MTV).
On se prend au jeu de son personnage de « proxénète de plateau » aussi impitoyable que plein d’abnégation, ici un arnaqueur parasite doublé d’un escroc ignorant qui se nourrie de faux espoirs et du vrai travail – aussi peu présent à l’écran il faut bien le remarquer ! - des autres, à qui aucun malheur ne semble pouvoir arriver (il est une « marque déposée » à lui tout seul), se sortant de situations comme de combines scabreuses in-extrémis lorsque celles-ci partent en vrille. Malgré une durée quelque peu longue (2h10 où ça jacte pas mal !), on se laisse prendre par les drôles de mésaventures plutôt atypiques voire délirantes mais jamais caricaturales de cet ex-étalon en jachère, aux dialogues à la fois burlesques et sarcastiques, sans réussir toutefois – et fort heureusement ! - à nous convaincre de faire un jour du porno.

C.LB



 
 
 
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