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Compagnons

Sortie  le  23/02/2022  

De François Favrat avec Najaa Bensaïd, Agnès Jaoui et Pio Marmaï


A 19 ans, passionnée de street art, Naëlle est contrainte de suivre avec d’autres jeunes un chantier de réinsertion, sa dernière chance pour éviter d’être séparée de ses proches.
Touchée par la jeune fille, Hélène, la responsable du chantier, lui présente un jour la maison des compagnons de Nantes, un monde de traditions qui prône l’excellence artisanale et la transmission entre générations.
Aux côtés de Paul, compagnon vitrailliste qui accepte de la prendre en formation dans son atelier, Naëlle découvre un univers aux codes bien différents du sien… qui, malgré les difficultés pourrait donner un nouveau sens à sa vie.


L’excellent film d’Olivier Nakache et Eric Toledano, Hors normes (sorti en 2019), semble avoir fait des petits, toujours à travers un domaine professionnel et que le public ne connaît pas bien voire pas du tout. La preuve avec ce film à fortes connotations sociales qui navigue cette fois-ci non plus dans le milieu des structures d’éducateurs encadrant des handicapés autant mentaux que moteurs, mais dans l’univers des Compagnons du devoir et du tour de France, association ouvrière qui prône le travail manuel noble (et sans honte) autour de plusieurs règles bien strictes et de grandes vertus morales comme la fraternité et la bienveillance, une assistance destinée à la formation et à l'apprentissage de plusieurs corps de métiers suivant les traditions du compagnonnage, le tout dans un esprit d’accomplissement de soi, d’ouverture et de partage. Bref, une communauté similaire à une confrérie qui a du sens et de la beauté, aux gages de qualité comme de confiance, que l’on a très rarement montré et décrit à l’écran.
Lâcher une jeune rebelle au comportement de « mec », à forte tête et à la personnalité plutôt virile – « il me casse les couilles ! » - (et le mauvais caractère qui va avec), qui débarque dans ce milieu plutôt masculin aux valeurs irrévocables, elle avec tout son vécu de galère « pas si simple » à gérer, et elle, la résidente venue d’une cité de non droit - où l’on parle mal, où l’on écoute du rap, où vivent les dealers et où règne une certaine tension ambiante oscillant entre menaces et violence quasi quotidiennes -, revient à dire qu’elle va évidemment s’en sortir, se trouver un nouveau « foyer » plutôt accueillant parmi ses nouveaux « Compagnons » pleins de patience et de bonne volonté envers elle. Et dans pareil scénario, il sera bien sûr question de nerfs à calmer, de potentiel à canaliser puis à développer, de débrouilles et autres combines à envisager (histoire de pimenter un peu le script), ainsi que de réussite à gagner au final pour travail parfaitement accompli.
Si cette fable sociale est forcément prévisible (sorte de conte de fées actuel) avec son lot de situations cousues de fils blancs, le tout autour de dialogues attendus et de réactions évidentes, on se laisse néanmoins prendre au jeu des actrices & acteurs – Agnès Jaoui, la bonne âme avec son regard attendri ; Pio Marmaï en formateur conciliant ; Najaa au « gabarit » énergisante d’indisciplinée très affichée - qui donne de la consistance à cette tranche de vie plus ou moins mouvementée mais bel et bien sensible. On tire ici sur la corde des bons sentiments (« t’es une fille bien »), pleins de belles promesses et de « folles » espérances en l’avenir. Si le réalisateur François Favrat (Le rôle de sa vie ; La Sainte Victoire ; Boomerang) nous offre un très positif, populaire et honnête (télé)film, il se satisfait en revanche d’une intrigue ronronnante, peu solide et assez plate, ainsi que d’un excès de clichés (le « black » blaguant tout le temps) qui n’arrivent pas à nous convaincre ni à nous émouvoir plus que cela du bien fondé et de sa démarche pourtant fort louable à la base.

C.LB



 
 
 
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