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Belfast (sur Canal + Cinéma)

Sortie  le  08/11/2022  

De Kenneth Branagh avec Caitriona Balfe, Judi Dench, Jamie Dornan, Ciara Hinds, Colin Morgan, Lara McDonnell et Jude Hill


Été 1969 : Buddy, 9 ans, sait parfaitement qui il est et à quel monde il appartient, celui de la classe ouvrière des quartiers nord de Belfast où il vit heureux, choyé et en sécurité. Son existence bat au rythme de la vie du quartier, avec sa famille, l’école, ses camarades de jeu, au sein d’une communauté chaleureuse et soudée. Avec grands-parents, oncles, tantes et cousins dans les rues avoisinantes, il serait difficile de se perdre, et dans la pénombre des salles de cinéma comme à la télévision, les films américains font voyager et nourrissent l’imaginaire et les rêves de Buddy. Mais vers la fin des années 60, alors que le premier homme pose le pied sur la Lune et que la chaleur du mois d’août se fait encore sentir, les rêves d’enfant de Buddy virent au cauchemar. La grogne sociale latente se transforme soudain en violence dans les rues du quartier. C’est d’abord une attaque masquée, puis des émeutes, pour tourner en un conflit qui s’étend à toute la ville, attisé par les appartenances religieuses de chacun. Hier des voisins bienveillants, catholiques et protestants se métamorphosent en un clin d’œil en ennemis jurés. Buddy découvre le chaos et l’hystérie, un nouveau paysage urbain fait de barrières et de contrôles, et peuplé de bons et de méchants. Ce qui ne se jouait avant que dans les salles obscures menace tout ce qu’il connaît et qu’il aime. Affrontements et règlements de compte ont désormais lieu au pas de sa porte.
Sa mère peine à faire tourner le ménage alors que son père s’absente par quinzaines pour aller travailler en Angleterre. Des milices s’organisent, la vie de nombreux innocents est menacée. Si Buddy sait quoi attendre de ses héros de celluloïd, de John Wayne à Gary Cooper, il se demande si son père saura se montrer à la hauteur ? Sa mère sera-t-elle prête à s’arracher à son passé pour assurer l’avenir de sa famille ? Comment savoir si ses grands-parents adorés resteront hors de danger ? Et comment s’y prendre pour gagner l’affection de la fille de ses rêves ? Les réponses à ces questions sont à trouver tout au long du chemin semé de violences comme de joies, de deuil comme d’espoir, que se fraye Buddy au milieu des pavés et des barricades, au son des rires et de la musique auxquels seuls les Irlandais ont le don de recourir quand tout s’écroule autour d’eux. Qu’y a-t-il d’autre à faire pour Buddy ? C’est le seul monde qu’il connaît. C’est Belfast.


Ne cherchez plus, Buddy que l’on voit à l’écran interprété par le jeune Jude Hill (dont c’est ici la première apparition au cinéma !), c’est tout simplement le réalisateur et scénariste anglais Kenneth Branagh lorsqu’il était âgé de 9 ans, et ce film totalement autobiographique, tourné en noir & blanc, est, telle une très belle publicité, un grand hommage rendu à sa ville natale qui l’a vu naître le 10 décembre 1960. D’ailleurs, pour son action sociale en faveur de l’Irlande du Nord, il a été anobli par la reine Elizabeth II en 2012. Bref, il porte les souvenirs de son enfance lorsque sa capitale était en proie à des manifestations répétées, entre affrontements anti-protestants et émeutes anti-catholiques (« Dehors les catholiques ! »).
On apprend donc qu’il a vécu dans un quartier populaire de Belfast – presque seul et unique décor de son long métrage – où ses parents et son frère vivaient dans une certaine quiétude, entourés de grands-parents et de voisins bienveillants. Pour agrémenter ses propos quant à cette période décisive de son existence – comme porte de sortie face à la violence grandissante, ses parents choisissent de partir vivre tous ensemble en Angleterre (« il n’y a pas d’opportunité ici ! », proclame son père ouvrier) -, il nous rajoute des images d’archives, une BO très « branchée » western et Van Morrison (célèbre chanteur et auteur-compositeur nord-irlandais, lui aussi né à Belfast mais en 1945 !) et, surtout, des commentaires radio qui relatent les différents évènements survenus en cette période difficile, complexe et tumultueuse, en pleine guerre civile.
Outre la vie plutôt paisible que mène cette gentille smala particulièrement rayonnante – on a le droit à leur quotidien pendant plus d’1h30 -, il ne se passe malheureusement pas grand-chose de franchement palpitant ni de réellement tendu, outre 2 batailles rangées au début et à la fin, filmées telles des ballets. Kenneth Branagh semble avoir « totalement » occulté la partie dite violente de cette époque au profit de celle plus calme et plus douce qui régnait au sein de sa fratrie, notamment autour du regard amusé de l’enfant qu’il était et de sa vision du monde de son point de vue touchant : l’acteur, qui prête ses traits au réalisateur, parle beaucoup trop bien pour que l’on soit vraiment pris sous le coup de l’émotion. Dommage car cette production respectueuse du temps jadis, certes académique et légère, est d’une qualité esthétique indéniable avec des plans d’une remarquable créativité visuelle.

C.LB



 
 
 
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