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Leila et ses frères

Sortie  le  24/08/2022  

De Saeed Roustaee avec Taraneh Alidoosti, Navid Mohammadzadeh, Payman Maadi, Farhad Aslani, Saeed Poursammi et Mohammad Ali Mohammadi


Leila a dédié toute sa vie à ses parents et ses quatre frères. Très touchée par une crise économique sans précédent, la famille croule sous les dettes et se déchire au fur et à mesure de leurs désillusions personnelles.
Afin de les sortir de cette situation, Leila élabore un plan : acheter une boutique pour lancer une affaire avec ses frères. Chacun y met toutes ses économies, mais il leur manque un dernier soutien financier.
Au même moment et à la surprise de tous, leur père Esmail promet une importante somme d’argent à sa communauté afin d’en devenir le nouveau parrain, la plus haute distinction de la tradition persane.
Peu à peu, les actions de chacun de ses membres entrainent la famille au bord de l’implosion, alors que la santé du patriarche se détériore.


Comment ne pas tomber sous le charme de cette incroyable chronique et étude de mœurs au sein d’une famille iranienne qui a bien du mal à sortir la tête hors de l’eau ? La faute autant à « pas de chance » qu’à « chacun(e) d’entre eux », incapable de faire les bons choix, de prendre les bonnes décisions au bon moment et les sages résolutions quant il le faut. Ah, s’il n’y avait pas leur sœur bienveillante – la seule personne qui travaille alors que « la cause de leur malheur, c’est elle » selon les dires de quelques-uns - pour tenter d’aider ses frères sans boulot et donc tous au chômage (qu’ils ne touchent d’ailleurs plus, bref, aussi paumés que fauchés !), à sortir de la misère dans laquelle ils se sont installés inexorablement pour ne pas dire pour certains volontairement !
Ici, c’est plus décadence que grandeur au sein de la maison Jourablou, située à Téhéran, que le formidable réalisateur et scénariste iranien Saeed Roustaee (l’excellent La loi de Téhéran) a su parfaitement rendre à l’image, de par une mise en scène certes sobre voire théâtrale mais maîtrisée, toujours très proche de ses protagonistes avec une caméra souvent en mouvement, même lors des nombreux échanges verbaux – ponctués de pas mal de pics envoyés les uns les autres assez virulents –, ainsi que de par le choix de ses intervenants, remarquablement interprétés par une pléiade d’acteurs/actrices d’une rare intensité (un satisfécit tout particulier à Saeed Poursammi dans le rôle du père, génial de mauvaise foi et expressif à plus d’un titre, notamment lors de la soirée « maudite »).
Ce drame social et politique est dépeint d’une manière fort réaliste malgré le peu de décors extérieurs (tout le film se passe pratiquement dans les différentes pièces de leur maison), et avec une dureté peu commune (à la limite de l’hystérie collective), entre tension et douleur, violence et pitié. Les traditions – et autres rituels persans – se perdraient-elles donc avec le temps ? Il faut croire en les voyant se chamailler et se manquer de respect à eux-mêmes comme aux autres et notamment à leurs anciens. C’est une véritable réussite après le succès du polar La loi de Téhéran : un doublé qui pourrait bien ouvrir de nouveaux horizons prometteurs autant à son cinéaste inspiré qu’à l’ensemble du casting, chacun(e) plus vrai que nature, renvoyant une image peu connue de l’Iran, pays instable qui essaye de sortir de ses carcans ancestraux pour s’ouvrir à la démocratie ambiante et à la modernité générale.

C.LB



 
 
 
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