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Le Tigre et le Président

Sortie  le  07/09/2022  

De Jean-Marc Peyrefitte avec André Dussollier, Jacques Gamblin, Christian Hecq, Anna Mouglalis, Cyril Couton, Laura Benson et Lola Naymark


1920, les années folles. Georges Clemenceau vient de perdre l’élection présidentielle face à l'inconnu Paul Deschanel, un idéaliste qui veut changer le pays. Mais un soir ce dernier tombe d'un train et se volatilise. Au petit matin, la France cherche son président, une occasion en or pour le Tigre Clemenceau...

Doit-on s’insurger contre cette « Histoire » malmenée - pourtant inspirée de faits réels -, au point d’en devenir tout simplement ridicule, contre cette sorte de « pantalonnade » burlesque qui tourne un tant soit peu en dérision façon guignol un chef de l’état qui n’a malheureusement laissé qu’un piètre et éphémère souvenir de son passage à la présidence française (à peine 6 mois), plus connu pour avoir été « le fameux Président de la République qui est tombé du train » ? Non bien sûr puisque cette fresque cinématographique est une grosse comédie qui s’affiche indéniablement dès le début et sans vergogne ! Il suffit pour cela de voir les 2 acteurs principaux, campés par André Dussollier (le tigre) et Jacques Gamblin (le président), pour comprendre très vite que ces deux-là sont venus cabotiner au maximum, en prouvant une nouvelle fois leur déjà grande capacité à jouer n’importe quel rôle, eux qui nous ont relevé leur immense talent depuis bien longtemps.
Entre l’idéaliste « défaitiste » (Gamblin en doux rêveur qui « veut changer le monde » mais qui va être dépassé par « l’immense et impitoyable tâche qui l’attend ») et le grincheux suffisant (Dussollier en bon gros chat ronchon plutôt que tigre), c’est un duel plutôt verbal d’1h40 auquel nous assistons, une rivalité parsemé de multiples discours politiques – dont certains en cours d’écriture - (« la tribune, c’est le triomphe ou la guillotine ! » ; « la véritable éloquence, c’est la sincérité »), de jeux de mots souvent « justes », de remarques ou de réparties certes cinglantes mais profondes, de répliques bien vues et autres pics en veux tu en voilà, bref, d’élocutions claires qui tourneraient presque à des effets dit théâtraux. N’y voyez rien ici qui fasse de près comme de loin allusion aux propos de nos hommes politiques actuels, ce ne serait que fortuit coup du « hasard » n’est-ce pas !
Tout ici n’est qu’affrontements attendus et bienveillants, de tirades bien (trop) écrites et de conversations risibles à défaut d’être drôles (seul Christian Hecq s’en sort avec les honneurs, excellent comédien de la Comédie Française oblige !), le tout clairsemées d’un mélange d’images d’archives réelles et tronquées, de marottes bon enfant d’un autre temps, d’anecdotes plus ou moins vraies, de fantasmes certes inventifs mais clownesques et redondants (« le bal des ministres » tourné à la manière d’un film muet de Charlot en devient presque risible) qui se veulent magiques voire fantastiques pour ne rester finalement que poétiques.
Même si cette production ne lui rend pas vraiment justice, il faut tout de même préciser que ce Paul Deschanel était en avance sur son temps, un visionnaire qui avait déjà des idées humanistes avant l’heure (élection au suffrage universel, abolition de la peine de mort, vote des femmes, code du travail, perspective catastrophique d’une 2ème guerre mondiale se profilant à l'horizon suite au traité de Versailles)…

C.LB



 
 
 
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