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Le serment de Pamfir

Sortie  le  02/11/2022  

De Dmytro Sukholytkyy-Sobchuk avec Oleksandr Yatsentyuk, Stanislav Potiak, Solomiya Kyrylova et Olena Khokhlatkina


Dans une région rurale aux confins de l’Ukraine, Pamfir, véritable force de la nature, retrouve femme et enfant après de longs mois d’absence. Lorsque son fils se trouve mêlé à un incendie criminel, Pamfir se voit contraint de réparer le préjudice. Mais devant les sommes en jeu, il n’a d’autre choix que de renouer avec son passé trouble. Au risque de tout perdre.

Impossible de ne pas être marqué par l’ambiance exacerbée, le rythme accéléré et les personnages hallucinés de ce drame noir qui nous fait irrémédiablement penser à l’un des longs métrages d’Emir Kusturica ou bien d’autres réalisateurs d’Europe de l’Est, notamment ceux d’origine russe ! C’est exactement le genre de production nerveuse qui vous happe dès les premières images et vous tient en éveil jusqu’au bout comme en haleine pendant tout le déroulement de son histoire assez stupéfiante. Et ce n’est pas le retour de ce père « prodige », un costaud haut en couleur qui n’a peur de rien ni de personne, qui vous dira le contraire, loin de là !
Le personnage principal à forte personnalité, qu’incarne l’acteur ukrainien Oleksandr Yatsentyuk, est le pivot de ce scénario enlevé voire violent par moment, qui ne laisse pas trop de place aux sentiments – excepté quelques séquences « émotions » entre dopage, baise et branlette ! -, plus axé sur les combines, trafiques, punitions et bagarres aussi « vrais » que nature. C’est que nous sommes en présence d’un caïd au grand cœur pris dans un engrenage en forme de piège, qui fait de la contrebande pour subvenir aux besoins - et actes - de sa famille, face à des jeunes voyous apprêtés en cravate à la solde d’un mafieux bedonnant, parrain local qui se prend pour un Dieu le père invincible (un garde-forestier criminel à ses heures perdues), aidé par un flic corrompu, envieux et pourri. Quel beau tableau en perspective dans ce thriller musclé !
On doit ce petit chef d’œuvre de « rédemption » au réalisateur et scénariste Dmytro Sukholytkyy-Sobchuk dont c’est le 1er long métrage. Quelle maîtrise et quelle agilité dans sa façon virevoltante de filmer autour de décors ruraux marquants, aussi originaux qu’étranges (entre autres lors du carnaval païen), dans sa manière de mettre en avant les protagonistes qui ne reculent pas lorsque le danger approche ! C’est bien simple, c’est l’une des grandes surprises de la rentrée, présentée à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en mai dernier : à voir de toute urgence, afin de soutenir à votre manière un cinéma ukrainien qui pourrait bien disparaître si la guerre devait se prolonger et le pays changer de camp…

C.LB



 
 
 
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