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La passion de Dodin Bouffant (sur Canal + Cinéma(s)

Sortie  le  22/07/2024  

De Tran Anh Hung avec Juliette Binoche, Benoît Magimel, Emmanuel Salinger, Patrick d’Assumçao, Galatea Bellugi, Jan Hammenecker et Frédéric Fisbach (les 22 et 28/07 + 02/08)


Eugénie, cuisinière hors pair, est depuis 20 ans au service du célèbre gastronome Dodin. Au fil du temps, de la pratique de la gastronomie et de l'admiration réciproque est née une relation amoureuse. De cette union naissent des plats tous plus savoureux et délicats les uns que les autres qui vont jusqu’à émerveiller les plus grands de ce monde. Pourtant, Eugénie, avide de liberté, n’a jamais voulu se marier avec Dodin. Ce dernier décide alors de faire quelque chose qu’il n’a encore jamais fait : cuisiner pour elle.

Depuis les films L’aile ou la cuisse, côté français et sorti en 1976, ou Le festin de Babette, côté international et sorti en 1987, on ne compte plus les réalisations qui racontent des histoires aussi bien actuelles que d’antan, ayant trait à l’art culinaire. Que ce soit Les saveurs du palais, Le chocolat (avec qui ? Déjà avec Juliette Binoche !), Soul kitchen, Le goût de la vie, Salé sucré, Une affaire de goûts, The lunchbox, Délicieux, Ratatouille (tout en animation), et même prochainement un documentaire intitulé Menus-plaisirs – Les Troisgros, c’est un festival plus visuel qu’« aromatique », que le cinéma nous propose. Celui-ci ne déroge pas à la règle, représentant pendant 2h15 l’art et la manière de préparer des repas dignes de figurer au panthéon des recettes les plus succulentes qui soient.
On entre ou plutôt on plonge dans le vif du sujet dès le générique passé, un moyen comme un autre de nous mettre l’eau à la bouche dès le début, autour de recettes sensuellement apprêtées et savamment mijotées, la caméra au plus près des protagonistes travaillant en cuisine sans presque échanger un seul mot, simplement des regards. D’ailleurs, on les voit rarement s’aventurer, même se hasarder hors de ce lieu où la magie semble opérer sous nos yeux. On a la très nette impression que les acteurs ont fait cela toute leur vie, du moins, se sont mis en condition pendant pas mal de temps – grâce au chef triplement étoilé Pierre Gagnaire qui a servi de consultant sur le tournage - afin d’acquérir les gestes et le tour de main ou, si vous préférez, le savoir-faire.
Pour tenir la cadence « aux fourneaux », le réalisateur Trần Anh Hùng (L’odeur de la papaye verte ; Cyclo, A la verticale de l’été ; Je viens avec la pluie ; La ballade de l’impossible) a laissé tourner sa caméra devant son casting en train de s’activer promptement devant la profusion de mets que d’autres vont ingurgiter jusqu’à « s’en faire éclater la bedaine », pardon, jusqu’à plus soif. Nous ne sommes pas dans un restaurant mais tout simplement chez un particulier fin gourmet, considéré comme le « Napoléon » de l’art culinaire, qui se voit congratuler de qualificatifs et autres superlatifs à tout bout de champ (« Tout n’est que douceur » ; « Quelle expression parfaite » ; Vous êtes un artiste » ; « J’ai failli pleurer »). Bref, que des mots de satisfaction, parfois d’esprit, et surtout des bruits savoureux de dégustation, littéralement à la limite de la jouissance, de la part de ses amis à son encontre. Et dire que ce « gueuleton » était l’ordinaire de certains notables bons vivants aimant la bonne chère et le bon vin !
On apprécie pleinement de les regarder manger comme si tout était dit dans l’assiette, sans qu’une BO ne vienne perturber ce repas de rois. Pourtant, ce « cours de cuisine » magnifiquement filmé (on retrouve des plans proches de certains tableaux de Monet dont le fameux « Déjeuner sur l’herbe », le nu en moins), entre la conception des menus et les choix du chef, ne nous touche pas tant que cela, par manque sans doute d’un sujet transcendant, vivifiant à surprise et à tiroirs, avec du mouvement et des rebondissements (on ne découvre leur romance que par quelques rares brides de phrases échangées ici et là). Non pas que Juliette Binoche et Benoît Magimel ne soient pas habités par leur personnage mais trop de travail de mitonneries et trop de « bouffe » juteuse richement présentée tue souvent l’atmosphère gastronomique appétissante, ainsi que l’ambiance charmante, vivante, poétique, tendre, légère et « facile à concocter » qui s’offre à nous.
Cette adaptation du roman suisse La Vie et la passion de Dodin-Bouffant, de Marcel Rouff et publié en 1924, a néanmoins fait saliver le jury et remporté le prix de la mise en scène lors du dernier festival de Cannes : il représentera la France dans la course à l'Oscar 2024 du Meilleur Film en Langue Étrangère.

C.LB



 
 
 
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