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Les chevaliers du ciel (sur Ciné + Frisson)

Sortie  le  10/06/2024  

De Gérard Pirès avec Benoît Magimel, Géraldine Pailhas, Clovis Cornillac, Alice Taglioni et Philippe Torreton


Salon aéronautique de Farnborough. Un Mirage 2000 disparaît en pleine démonstration. Le contrôle militaire français envoie les capitaines Antoine Marchelli et Sébastien Vallois en patrouille au-dessus de la mer du Nord, vers la zone où le 2000 a disparu des écrans radar. Les 2 pilotes découvrent le 2000 dissimulé sous un Airbus 340. Le 2000 se met en position de combat. Au même moment, Marchelli et Valois reçoivent l’ordre d’abandonner la poursuite sans délai. Mais il est trop tard, le 2000 est sur le point d’abattre Valois : Marchelli le descend pour protéger son équipier. Cet incident est le point de départ d’une gigantesque manipulation, visant au détournement d’un avion de chasse français à des fins terroristes. Manipulation dont le dernier acte se déroule un 14 juillet dans le ciel de Paris, au-dessus des Champs-Elysées, en présence des 2 mêmes pilotes, Marchelli et Valois….

Finis les Tanguy et Laverdure, place aux Marchelli et Valois ! Si ce film d’action plein de suspense est bel et bien inspiré de la célèbre bande dessinée de Charlier et Uderzo et de la fameuse série télévisée qui fut réalisée dans les années 60 et 70, cette nouvelle adaptation n’utilise comme corrélation avec le passé que le monde incroyable des avions de chasse et le milieu viril des pilotes de l’armée. C’était sans aucun doute un trop gros pari et pour le moins risqué que de garder les noms de ses personnages mythiques alors que le public pour ce genre de films connaît à peine les fabuleuses aventures de ces héros de notre enfance. Afin d’éviter certains désagréments causés notamment par l’échec retentissant au cinéma d’une autre bande dessinée, Blueberry de Jan Kounen, il fallait miser sur d’autres noms et sur une toute autre histoire, plus moderne et contemporaine que celles de nos BDs d’antan. Grand bien lui a fait puisque cette réalisation, en plus d’être complètement originale, est parfaitement maîtrisée de bout en bout avec des images spectaculaires et une intrigue qui, malgré toute attente, garde les pieds sur terre et tient la route….du ciel. On aurait pu craindre une mise en scène à l’emporte-pièce du style Taxi dont le réalisateur Gérard Pirès (Riders, Double zéro) s’est fait l’un des spécialistes. Hors, il n’en est rien puisqu’il nous sert un montage en parfaite adéquation avec le récit, sur fond de photos irréprochables, de cadres visuels époustouflants et de séquences en vol d’une prouesse technique impressionnante. Du grand art dans les airs ! On est scotché à notre siège comme si nous étions nous-même assis dans le cockpit de l’un de ses Mirages et que nous ressentions les mêmes sensations et vibrations que les vrais pilotes. Du côté de l’histoire, il n’y a ici aucun désir à vouloir copier d’une manière ou d’une autre le savoir-faire américain dans ce domaine de réalisation dite musclée. Ce n’est pas Top gun (tourné il y a 20 ans), ni Aviator et encore moins Furtif, des films sur l’aviation plus ou moins actuelle, mais plutôt un scénario efficace, solidement ancré dans la réalité et l’esprit français, autour de guerres intestines, de contrats douteux, de détournement d’avion et de terrorisme international. Entre images virevoltantes en plein ciel et drame crapuleux sous-jacent dans les hautes sphères du pouvoir politique, on ne peut qu’être époustouflé, d’autant plus si les protagonistes ont un certain charisme et un peu le sens de l’humour. Benoît Magimel (Effroyables jardins, Les rivières pourpres 2, Trouble) se retrouve dans la peau d’un pilote passionné et introverti, intègre mais taciturne, meneur d’hommes réservé et pourtant décisionnaire fougueux en quête d’une vérité bien sombre, suivi par son fidèle équipier, Clovis Cornillac (Malabar Princess, Mensonges et trahisons et plus si affinités, Un long dimanche de fiançailles, Brice de Nice), une forte tête et un cœur gros comme çà, prêt à tout pour aider son ami dans la déveine, l’énergie décapante et le comique à froid en plus. Ils forment un tandem crédible qui fonctionne parfaitement, aussi sympathique que sérieux, un duo de qualité qui répond aux normes de courage et aux autres valeurs morales que leurs astreignent une telle profession. Quand aux autres intervenants, ils sont assez représentatifs de leur mission, portant sur leur visage les expressions et les rictus de circonstance, soient du gentil, soient de l’ennemi. Malgré quelques ellipses scénaristiques ici et là pour aller plus vite à l’essentiel, des raccourcis scéniques qui permettent de gonfler le rythme déjà bien haletant de cette grosse production, et un manque évident de discernements quant au profil et au caractère très édulcorés du personnage interprété par Benoît Magimel, on ne peut qu’être agréablement surpris par tant de réalisme et de bravoure de la part de ceux qui ont filmés (bravo à Eric Magnan pour ses images aériennes !) les vols et poursuites à l’intérieur et à l’extérieur de ses avions, dans l’habitacle oh combien exigu de ses monstres de technologie. Sans le moindre effet spécial numérique ni la plus petite reconstitution en 3-D, ce film à grand spectacle, à échelle humaine et en prises de vue réelles, est un petit bijou de réussite qu’il sera bien difficile d’égaler avant longtemps. Remercions tout de même au passage le partenariat ainsi que le soutien du ministère de la Défense et de l’Armée de l’air qui a permit ce grand prodige, grâce notamment au prêt de matériel, ces « zings » à 40 millions d’euros pièce, aux autorisations de tournage diverses et variées dans certaines enceintes dites « protégées », et aux éventuels vocations que ce film pourrait susciter en retour chez les jeunes qui voudraient imiter Marchelli et Valois en s’enrôlant dans ce corps de métier prestigieux !



 
 
 
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