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Les liens du sang (sur Ciné + Frisson)

Sortie  le  23/05/2022  

De Jacques Maillot avec Guillaume Canet, François Cluzet, Clothilde Hesme et Marie Denarnaud (sur Ciné + Frisson les 23, 24 et 26/05)


Lyon, à la fin des années 70. François, inspecteur de police, apprend la sortie de prison de son frère Gabriel qui vient de tirer 10 ans pour meurtre. Entre le flic et son aîné, les retrouvailles ne sont pas évidentes, mais chacun a la volonté de tirer un trait sur le passé. Gabriel essaie de se ranger et François se met en 4 pour l’aider. Mais la réalité et les vieux démons finissent par les rattraper. Pour les 2 frères, séparés par leurs choix mais unis par le sang, le chemin parcouru semble étrangement aboutir à la même impasse.

Les films sur les gangsters, braqueurs et autres malfrats, semblent être à la mode ces temps-ci ! Que ce soit chez nous (récemment Le 2ème souffle et Le dernier gang) ou de l’autre côté de l’Atlantique (American gangster), c’est à celui qui dénichera un bon roman noir à adapter ou un bon polar à raconter. N’empêche que ce genre de cinéma ne fait pas forcément à tous les coups l’unanimité ni le bonheur du public comme celui des producteurs et des distributeurs. En effet, les 2 films hexagonaux cités ci-dessus n’ont pas remportés le succès escompté, loin de là (alors que leur homologue américain mentionné plus haut a fait un tabac et est pressenti pour rafler quelques Oscars en février prochain !), sans doute lassé de trop de règlements de comptes et autres tueries ensanglantées, tournés souvent à la va-vite et diffusés maintes fois à la télévision.
C’est le cas de ce dernier qui ne respire pas vraiment la réussite exemplaire, aussi peu évidente soit-elle, vue la façon dont a été traité ce sujet pourtant à la base plutôt avenant et original. Le point de vue de ses 2 frères, l’un flic et père divorcé qui s’amourache de la femme d’un gars qu’il a coincé et envoyé au trou, et l’autre truand et séparé de sa femme et de sa fille qui s’accouple avec une caissière de supermarché pour passer le temps et ne pas rester tout seul, pouvait donner lieu à un beau rapport de force pour le moins fort passionnant, à la fois intéressant, singulier et rocambolesque. A la place, c’est divergences d’opinions comme de points de vue, engueulades à tout bout de champ et regards en coin suspicieux de l’un comme de l’autre, tous les 2 faisant la même chose pratiquement au même moment à 2 endroits différents. C’est à celui qui se méfiera le plus, qui sermonnera le mieux et qui rebaissera à couilles rabattues le premier !
Tout ici est simplifié, fortuit et à l’avenant, les accalmies comme les accrochages, les rencontres comme les disputes, les accolades comme les coups durs, les opinions comme les remarques ! Un coup, le flic ne veut pas entendre parler de son frère et l’image d’après, il l’aide comme si de rien n’était. C’est à croire qu’il suffit de filmer une histoire en sautant certains paragraphes ou en allant au plus pressé pour que ça fonctionne, histoire de resserrer le plus possible l’intrigue qui malheureusement n’arrive péniblement à décoller qu’au bout d’une bonne heure de scènes de la vie ordinaire. On sait bien évidemment que le truand va replonger et que son flic de frère, l’âme bien en peine, va tout essayer pour l’en dissuader et tenter de le sortir de ce mauvais pas.
Ah, il faut les voir les 2 frangins, Guillaume Canet en flic tristounet, jamais souriant et qui semble porter tous les malheurs du monde sur ses épaules, et François Cluzet en truand débonnaire et fausse victime surexcité, qui en fait des tonnes et qui en plus est complètement ridicule avec sa perruque aux cheveux longs et sa moustache en bataille. Et pour couronner le tout, on nous montre l’environnement dans lequel ils gravitent avec d’un côté, un père malade, un poumon en moins mais qui fume comme un pompier (d’ailleurs, ils sont tous sans exception à parler la clope au bec !), de l’autre, une mère inexistante qui a soi-disant abandonné ses enfants en bas âge, et puis une sœur bien brave, ainsi qu’une des 2 ex-épouses qui continue à faire le tapin grâce à son mari ex-proxénète (vous voyez de qui je veux parler !). Bref, cela ne nous inspire pas la joie de vivre, ni pour eux ni pour nous dans cette représentation rapide de la dure réalité de l’existence !
Là-dessus vient se greffer une photo bien sombre, limite saturée, une direction d’acteurs quasi inexistante, des dialogues peu inspirés, et une histoire qui se rapproche plus de l’étude de mœurs sociales peu extravagante et de scènes de la vie ordinaire (on dirait un faux remake du vieux film, Les copains d’abord !) que de rapports fratricides disparates et houleux, aussi soutenus qu’intenses. En résumé, on attend que ça démarre mais déjà, on n’y croit plus, même une seconde, et on espère vivement voir le dénouement, autant prévu d’avance qu’inévitable, avec une certaine impatience. On ne donne pas cher de la peau de ce film dit noir qui se veut réaliste, alors qu’une semaine après sort le très attendu MR 73 d’Olivier Marchal, réalisateur de 36 quai des Orfèvres, avec notamment Daniel Auteuil en flic très très sombre !

C.LB



 
 
 
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