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Duplicity (sur Ciné + Emotion)

Sortie  le  11/03/2021  

De Tony Gilroy avec Julia Roberts, Clive Owen, Tom Wilkinson et Paul Giamatti (sur Ciné + les 11, 13, 15 et 19/03)


Claire Stenwick a quitté la CIA pour le monde des affaires. Spécialité : espionnage et contre-espionnage au service d’un géant pharmaceutique new-yorkais.
Ray Koval a quitté le M16 pour le monde des affaires. Spécialité : espionnage et contre-espionnage au service d’autre géant pharmaceutique new-yorkais.
Claire est une menteuse professionnelle, une « tueuse ». Ray est un as de la manipulation. Le mot « sincérité » ne fait pas parti de son vocabulaire. A Dubaï, en 2003, à l’époque où ils étaient encore d’« honorables » fonctionnaires, Claire et Ray firent une première rencontre…brève, explosive, très humiliante pour Ray mais totalement inoubliable. 2 ans plus tard, les 2 super-agents se retrouvent à Rome. Vertige de l’amour, magie de la Ville Eternelle…. Au terme d’un week-end idyllique, Claire et Ray décident qu’ils sont tous deux faits pour exercer leurs talents redoutables dans le privé. Et doivent s’entraider….
Rivaux ? Amants ? Complices ? Et jusqu’où ? Qui des 2 aura le dernier mot ? Ou encore : comment 2 scorpions s’y prennent-ils pour faire l’amour ?


Alors, histoire d’amour romantique ou film d’espionnage mouvementé ? On pourrait facilement s’y méprendre en lisant ce synopsis ambigu et quelque peu trompeur, d’autant qu’on est en droit de se le demander en voyant à l’écran 2 grandes stars, véritablement glamour et charmantes, s’affronter face à face. Pensez donc, Julia Roberts en ex-agent des services secrets américains, et Clive Owen, également ex mais de ceux anglais, c’est un peu Angelina Jolie et Brad Pitt en tueurs rivaux dans Mrs & Mr Smith, attirés l’un par l’autre pour le meilleure mais aussi pour le pire ! Quoi qu’il en soit, nous sommes ici dans un jeu du chat et de la souris, un conflit à la fois sentimental et professionnel, entre 2 agents attachés à 2 grandes multinationales concurrentes, à savoir qui arrivera à manipuler et à infiltrer l’autre, à détourner son attention pour lui piquer un dossier top secret et faire capoter sa mission. Ce sont en réalité 2 pointures dans leur domaine qui se font la guerre pour le compte de leurs entreprises industrielles respectives et tout cela dans un monde où les règles ont changé, où chacun va rivaliser à sa manière, autant dans les astuces utilisées que les stratagèmes entrepris, pour découvrir ce que cache la partie adverse, notamment un produit révolutionnaire aux retombées économiques faramineuses.
Vous n’en saurez pas plus, confidentialité oblige et surtout recommandée en pareil cas, pour ne pas dévoiler cette histoire de « taupes » pour le moins palpitante et fort subtile, bien rythmée, rondement menée de main de maître, aussi bien du côté des acteurs forts que du réalisateur inspiré. En effet, le couple Roberts/Owen est parfait, idéal, tout aussi dynamique qu’intelligent, et fonctionne à merveille, pour ne pas dire à plein régime, à la fois dans leurs faits et gestes, et dans leurs dialogues et réparties, grâce entre autres à un excellent scénario si brillamment et finement écrit. On se laisse prendre à leur beau duo plus ou moins contrarié, assez mi-figue mi-raisin mais sans culpabilité ni regrets chez l’un comme chez l’autre, à leur soi-disant intégrité plutôt malmenée dans un « combat à mort » industriel, à leur vigilance et concentration mises à rudes épreuves, à leurs petites entourloupes personnelles et à leurs grosses cuisines internes où tous les coups sont bons, voire permis, entre utilisation de sosies, piratage de photocopieuses, recherche dans les poubelles, déplacements changés et itinéraires épluchés, bref, infiltration par tous les moyens et à tous les niveaux.
La mise en scène sophistiquée de Tony Gilroy, déjà responsable du grandiose Michael Clayton (déjà dans les hautes sphères économiques !) et des fameux scénarios de Dolores Claiborne, L’associé du diable, L’échange et de la trilogie Jason Bourne (cette fois dans un tout autre domaine !), ne manque pas de punch, ni de fantaisie et encore moins panache, s’amusant, grâce à quelques rebondissements inopinés et plusieurs flash-backs récurrents fort bien tournés, à remonter en arrière à différentes périodes (2 ans, 1 an, 6 mois, 2 semaines) pour mieux comprendre les raisons qui les poussent à agir de la sorte, à tricher ainsi et aussi à tant douter de la parole de l’autre. Au sommet de leur art, ces deux-là arrivent quand même à nous faire agréablement « mariner » pendant 2 heures jusqu’à découvrir l’ampleur de l’arnaque qu’ils fomentent depuis le début. C’est du cousu main de très « haute voltige » (pas autant qu’avec Sean Connery et Catherine Zeta-Jones !). Clive Owen continue à s’immiscer de façon très convaincante dans la peau tour à tour d’espions (La mémoire dans la peau), de flics (Sin City), d’agents (L’enquête) et de voleurs (Inside man) comme de grands amoureux d’ailleurs (Closer – entre adultes consentants ; Elizabeth : l’âge d’or). Quand à Julia Roberts, elle excelle aussi dans les rôles de faux-semblants, tous en demie teinte et demie mesure, tels que pour Ocean’s eleven, Confessions d’un homme dangereux, La guerre selon Charlie Wilson et bien entendu Closer. On aura beau dire mais elle irradie toujours autant, même en prenant de l’âge, sans doute grâce à sa nouvelle maternité enfin retrouvée. N’oublions pas non plus de saluer les performances honorables, certes courtes mais indispensables, de Tom Wilkinson (déjà présent dans Michael Clayton) et de Paul Giamatti (génial dans Sideways) en présidents directeurs généraux, aussi mégalos que rivaux, qui finissent par en venir aux mains.
Voilà donc une bonne surprise qu’il convient de saluer haut la main et qui mérite un franc succès, du moins une réussite exemplaire comme il se doit. En résumé, rien à redire, c’est du très bon « boulot » comme on aimerait en voir plus souvent à l’affiche !

C.LB



 
 
 
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