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A single man (sur Canal + Grand Ecran)

Sortie  le  30/05/2022  

De Tom Ford avec Colin Firth, Julianne Moore, Matthew Goode et Nicholas Hoult (sur Canal + Grand Ecran les 30/05 + 02/06)


Los Angeles, 1962. Depuis qu’il a perdu son compagnon Jim dans un accident, George Falconer, professeur d’université Britannique, se sent incapable d’envisager l’avenir. Solitaire malgré le soutien de son amie La belle Charley, elle-même confrontée à ses propres interrogations sur son futur, George essaie sans trop y réussir de vivre « comme avant ». Une série d’évènements et de rencontres vont l’amener à décider s’il peut y avoir une vie après Jim.

On connaissait Tom Ford comme grand créateur de mode, responsable notamment de la renaissance de Gucci au travers de collections influentes et de campagnes publicitaires provocantes, puis excellent directeur artistique d’Yves Saint Laurent et ensuite créateur de sa propre maison de couture : il faudra désormais compter sur lui en tant que réalisateur, scénariste et producteur de cinéma de talent ! Avec toutes ses étiquettes sous le bras, il nous offre pour son premier film une belle performance de mise en scène, sachant parfaitement raconter une histoire poignante (d’après le roman Un homme au singulier de Christopher Isherwood, responsable notamment de Adieu à Berlin qui inspira Cabaret, le fameux film de Bob Fosse), tout en sachant cadrer et éclairer excellemment aussi bien ses personnages (selon leur humeur, d’une grande blancheur, parfois à la limite de la saturation, jusqu’en Technicolor à travers la vraie beauté des éléments environnants!), que ces décors et divers lieux (une photo alternant les jeux de couleurs, avec le sépia et le noir & blanc, selon les souvenirs passés et les flash back douloureux - l’annonce de la mort de son compagnon chéri -, la période présente et les rêves fantasmés).
Rarement on aura vu autant de délicatesse, de raffinement et de sensibilité dans un film, réussissant de façon magistrale à restituer à l’écran une époque révolue, celle des années 60, reconstituée minutieusement par l’intermédiaire de robes et costumes (par Arianne Phillips, nominée à l’Oscar), coiffures (celle insensée de Julianne Moore, génial en copine paresseuse et alcoolique, aussi désabusée que paumée), maisons (modernes, chaleureuses et boisées), voitures, musiques (entre autre, la chanson Baudelaire de Serge Gainsbourg, plus celles des compositeurs Abel Korzeniowsky et Shigeru Umebayashi – In the mood for love - !) et autres différents accessoires, et aussi grâce à l’appui d’acteurs chevronnés, aussi formidables qu’impressionnants. Ce n’est pas pour rien si Colin Firth a remporté le Prix d’interprétation masculine au dernier festival de Venise ! Il est impeccable de rigueur, tiré à 4 épingles, à la fois strict, apprêté et guindé, quelque peu engoncé et un brin figé, avec des regards qui en disent longs sur ses désirs inavoués (notamment quand il se fait draguer par l’un de ses élèves).
C’est que le réalisateur n’a pas lésiné sur l’ambiance visuelle profondément sombre, prenante et émouvante, ni sur l’esthétisme sophistiqué, très élégant pour ne pas dire glamour, de son mélo romantique à souhait, associant inévitablement dans son scénario beaucoup d’images sublimement stylisées (plus quelques ralentis), par rapport à peu de dialogues (sauf les monologues intérieurs, en voix off) mais pour le moins forts, parfois spirituels, voire existentiels mais rarement intellos, ainsi que de nombreux sourires et corps (parfois dénudés) d’hommes, des garçons comme des adultes, comme par exemple ces beaux gosses jouant au tennis torse nu, ce gigolo espagnol au look étudié très James Dean, ou encore ce jeune étudiant – interprété par le séduisant Nicholas Hoult, vu dans Pour un garçon et The weather man - prenant un bain de minuit avec son prof.
Ce film aurait pu tout aussi bien s’intituler 24h de la vie d’un homme triste, voire désespéré, aux tendances suicidaires, qui vit dans le passé et qui ne peut envisager son futur, tant ce dernier a bien du mal à vivre sans l’être aimé qui a partagé sa vie pendant 16 ans. C’est qu’à l’époque dépeinte ici, 1962 pour être plus exact, l’homosexualité n’était pas encore complètement rentrée dans les mœurs, loin de là. Bref, voilà un beau récit d’amour à la fois sensible, riche, juste et sincère, sur un amour interrompu, sur la solitude inhérente à la condition humaine, et sur l’importance des petits moments de la vie. En résumé, un grand réalisateur est né, il s’appelle Tom Ford !

C.LB



 
 
 
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