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Möbius (sur Ciné + Cinéma)

Sortie  le  26/04/2022  

De Eric Rochant avec Jean Dujardin, Cécile de France, Tim Roth, Emilie Dequenne, John Lynch, Vladimir Menshov et Dean Constantin (sur Ciné + Cinéma les 26, 27, 28 et 29/04 + 01 et 03/05)


Grégory Lioubov, alias Moïse, un officier des services secrets russes est envoyé à Monaco afin de surveiller les agissements d’un puissant homme d’affaires. Dans le cadre de cette mission, son équipe recrute Alice, une surdouée de la finance. Soupçonnant sa trahison, Grégory va rompre la règle d’or et entrer en contact avec Alice, son agent infiltré. Naît entre eux une passion impossible qui va inexorablement précipiter leur chute.

C’est fou comme l’histoire des subprimes et surtout des banques qui jouent avec notre argent peuvent donner des idées de sujets aux scénaristes de cinéma ! Pas une année sans voir apparaître sur nos écrans une ribambelle de films qui traitent de l’un ou de l’autre de ces 2 cas : Wall Street : l’argent ne dort jamais (un titre bien explicite !), Ma part du gâteau, ainsi que Capitalism – a love story, Inside Job et Wall Street contre Cleveland (des documentaires), sans oublier Margin call et Le capital dernièrement. Bref, une manne financière pour tout producteur qui se respecte !
Il n’en fallait pas plus pour que le réalisateur Eric Rochant s’empare de cette actualité en crise afin de nous pondre un script qui fasse référence aux spéculations, suspicions et autres manipulations sur les marchés et cela dans un contexte qui s’inspire beaucoup de la haute finance actuelle. Et pour corser le tout, il est question également de titrisation (technique financière qui consiste à transférer à des investisseurs des actifs financiers tels que des créances ou des prêts en les transformant, par le passage à travers une société « ad hoc », en titres financiers sur le marché des capitaux) - vous suivez ? Bon, on continue -, de blanchiment d’argent, de brigade financière, de recrutement et d’agents (doubles ?) de renseignements autant de la CIA que du FSB (ex-KGB), en résumé, d’une affaire complexe plutôt hors-protocole.
L’avantage avec ce type de sujet, c’est qu’on peut y mélanger plusieurs genres en même temps (polar, thriller et histoire d’amour) sans que l’un prenne le pas sur l’autre. Un bon dosage fort astucieux et parfaitement maîtrisé, grâce notamment à la présence d’acteurs chevronnés, aussi crédibles qu’inspirés, tels que Jean Dujardin, toujours imposant avec ses postures d’homme dans toute sa virilité « mâle » - qu’on attendait un peu au tournant après le succès de The artist - ; Cécile de France, superbe en trader brillante, individualiste, sûr d’elle et charmante (à la recherche de « bras concrets » !), qui se vante, un peu trop souvent d’ailleurs, d’avoir « coulé » le monde à elle toute seule - presque méconnaissable avec sa nouvelle coupe de cheveux à la Estelle Lefebure - ; et Tim Roth, toujours égal à lui-même et impassible quelque soit le rôle à jouer. Les 2 premiers forment un couple fusionnel qui fonctionne à merveille, au point qu’on y croit dur comme fer à leur relation sentimentale pour le moins exacerbée.
Il va s’en dire que ce style de cinéma bien ficelé et surtout corsé, où chacun tente de se sécuriser vis-à-vis des autres tout en agissant main dans la main avec tout le monde, s’adresse à un public non pas spécialement averti mais néanmoins réfléchi (vous m’avez compris ?), tant les ramifications ne sont pas forcément à la portée du premier venu. Quoi qu’on en dise, devant ce long métrage au titre à la fois curieux et énigmatique, les connaisseurs se régaleront autant l’esprit que la vue (on voyage entre Monaco, Moscou, Bruxelles et les USA) et l’ouïe (avec une belle bande son des plus branchées qui soit). Un sans faute pour le grand retour en salles d’Eric Rochant que l’on n’avait plus revu au moins depuis L’école pour tous en 2006…

C.LB



 
 
 
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