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Inside Llewyn Davis (sur Canal + Grand Ecran)

Sortie  le  28/05/2022  

De Ethan et Joel Coen avec Oscar Isaac, Carey Mulligan, Justin Timberlake, Ethan Phillips, John Goodman, Garrett Hedlund et Adam Driver (sur Canal + Grand Ecran les 28, 29 et 30/05 + 03/06)


Inside Llewyn Davis raconte une semaine de la vie d'un jeune chanteur de folk dans l'univers musical de Greenwich Village en 1961.
Llewyn Davis est à la croisée des chemins. Alors qu'un hiver rigoureux sévit sur New York, le jeune homme, sa guitare à la main, lutte pour gagner sa vie comme musicien et affronte des obstacles qui semblent insurmontables, à commencer par ceux qu'il se crée lui-même. Il ne survit que grâce à l'aide que lui apportent des amis ou des inconnus, en acceptant n'importe quel petit boulot. Des cafés du Village à un club désert de Chicago, ses mésaventures le conduisent jusqu'à une audition pour le géant de la musique Bud Grossman, avant de retourner là d'où il vient.


Après O’Brother en 2000 et son blues ambiant, les frères Coen nous font maintenant le coup de la folk omniprésente connotée sixties à travers le portrait peu réjouissant - pour ne pas dire pas très reluisant ! – d’une pauvre ère, un musicien en quête d’un peu de célébrité, du moins à la recherche d’un peu de succès ou alors d’une certaine reconnaissance tout de même. Malheureusement, ce miséreux, ce crève-la-dalle, ce miteux, ce gagne-petit, ce raté, ce sans-le-sou, bref, ce perdant dans toute sa splendeur ne va récolter que ce qu’il a semé, des ennuis voire des galères pour ne pas dire des emmerdes.
Ce film se ferait-il donc l’éloge de la fainéantise, de la malchance ou du manque de talent ? Ce serait un peu vite résumer cette histoire autour des errances pathétiquement drôles d’un gratte-guitare aussi triste que ringard qui promène à la fois son spleen et ses déconvenues de divan d’appartement prêté par des amis aux bancs publics, en passant par les halls de gare et les voitures qui ont bien voulu le prendre en auto-stop. Néanmoins, cette réalisation est un vibrant hommage rendu à tous ceux qui n’ont pas réussi à percer quelque part d’une manière ou d’une autre, et cela malgré le simple fait que notre « zéro », pardon, héros ne semble vouloir aller nulle part (à moins que ce soit l’inverse !).
Quoi qu’il en soit, nous voilà plonger dans les affres de cet artiste torturé « bas en couleurs » pendant 1 heure 45. Autant de temps en compagnie d’un loser, c’est un peu beaucoup, vous ne trouvez pas ? Présent d’un début à la fin sans interruption, chantant en grattant sa guitare plus souvent que parlant, l’acteur Oscar Isaac (vu dans Mensonges d’état, Agora, Robin des Bois, Drive, et Jason Bourne : l’héritage) monopolise à la fois l’espace sonore, l’attention et l’écran au détriment de ses confrères - et consœurs - qui ne font qu’une brève apparition, limite passer furtivement (que ce soit Justin Timberlake dans un registre musical tout autre que le sien habituellement, Carey Mulligan qu’on a du mal à reconnaître après sa prestation en blonde dans le dernier Gatsby, et même John Goodman qui ne peut pas s’empêcher d’apparaître dans chacune des productions des frères Coen).
A ce sujet, ses 2 derniers se sont fait plaisir à leur façon, mettant en scène la musique qu’ils aiment à travers un grand nombre de saynètes musicales arrangées pour la plupart par T.Bone Burnett – déjà présent notamment sur O’Brother - plus un petit clin d’œil éhonté à Bob Dylan au final, plutôt que l’histoire assez « molle du genou », aussi posée et lente qu’émouvante, qui finit par tourner en rond, d’autant que notre songwriteur revient à son point de départ, ses illusions envolées. Il y a certes un casting de choix parmi les seconds et troisièmes rôles, avec des tronches fantastiques et des gueules « possible » (dans tous les sens du terme d’ailleurs !), ainsi qu’une reconstitution minutieuse d’une époque révolue, mais le manque évident d’un scénario surprenant – même inspiré de la vie du chanteur Dave Van Ronk, ami de Dylan - comme d’un rythme fourni laisse à désirer et quelque peu sur sa fin. C’est sûr, comme le dit si bien F.Murray Abraham en producteur avisé, « vous n’allez pas faire fortune avec ça ! »…

C.LB



 
 
 
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