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Sicario (sur Canal + Grand Ecran)

Sortie  le  19/05/2022  

De Denis Villeneuve avec Emily Blunt, Benicio del Toro, Josh Brolin, Jon Bernthal, Victor Garber, Jeffrey Donovan et Daniel Kaluuya (sur Canal + Grand Ecran les 19 et 20/05)


La zone frontalière entre les Etats-Unis et le Mexique est devenue un territoire de non-droit.
Kate, une jeune recrue idéaliste du FBI, y est enrôlée pour aider un groupe d’intervention d’élite dirigé par un agent du gouvernement dans la lutte contre le trafic de drogues.
Menée par un consultant énigmatique, l'équipe se lance dans un périple clandestin, obligeant Kate à remettre en question ses convictions pour pouvoir survivre.


Ce qui se dégage rapidement de ce polar mâtiné en thriller, c’est cette tension humaine palpable à chaque instant, lourde, noire, âpre, rugueuse, abrasive, voire même étouffante, omniprésente tout le long du film (d’une durée de 2 heures), le tout portée par une BO des plus « effroyablement » oppressantes possibles (celle du musicien, compositeur et producteur islandais Jöhann Jöhannsson : on lui doit entre autres celle d’Une merveilleuse histoire du temps, récompensée par un Golden Globe). Pas un seul moment de répit pendant tout ce laps de temps (de l’action à tout bout de champ), ni un quelconque passage à vide dans ce scénario aussi captivant qu’inattendu (à grands coups de tueries, de cadavres mais aussi de drôles de méthode de procédure), et encore moins le plus petit compromis visuel (avec par exemple des plans par satellite ou en vision thermique) afin de rendre cette histoire remarquablement mise en scène, réalisée de main de maître par le canadien Denis Villeneuve.
Il est vrai que ce dernier ne nous a jamais déçu de par ses choix artistiques souvent radicaux (souvenez-vous de Prisoners, Incendies et Enemy !), lui qui aime s’immiscer au plus profond de ses personnages souvent douteux limite dangereux et cela à travers une image irréprochable, toujours cadrée de façon originale. Il n’en fallait pas plus pour qu’il soit considéré à juste titre comme un esthète du nouveau cinéma d’auteur international. D’ailleurs, son casting est à la hauteur de nos attentes, porté par une Emily Blunt (L’agence ; Looper ; Arthur Newman ; Into the woods) méconnaissable, transcendée par son rôle d’agent du FBI copieusement manipulée sur le terrain par un détachement spécial de la CIA pour couvrir leurs agissements, tout en servant d’appât afin d’éradiquer les hauts dirigeants d’un cartel de la drogue mexicain. Du côté masculin, Benicio Del Toro (Che ; Traffic – d’ailleurs à la thématique très proche de celle-ci - ; Wolfman ; Somewhere ; Savages ; Jimmy P ; Paradise lost) est magistral en tueur taciturne, énigmatique et expéditif à « donf », ainsi que Josh Brolin (No country for old men – déjà au sujet quasiment similaire - ; American gangster ; Wall Street : l’argent ne dort jamais ; True grit ; Men in black 3 ; Old boy ; Sin City 2 ; Inherent vice) en homme du gouvernement on ne peut plus décontracté et roublard à souhait. C’est à celui qui poussera cette tacticienne idéaliste à réagir (elle va devoir plus ou moins négocier sa survie) et qui franchira une certaine limite, cette dernière ayant été déjà plusieurs fois franchie et même déplacée par eux !
Puisqu’il n’existe aucune règle sur cette « terre des loups », notamment une ville mexicaine qui semble être perpétuellement sur le qui-vive, c’est à celui ou celle qui ouvrira l’œil tout en étant vigilant, qui avancera sans se poser trop de questions et sans douter de ses actions. Justement, de l’action, il y en a d’un réalisme probant sans oublier d’un morbide certain (la « sacré découverte » macabre, celle de cadavres emmurés au début). Bref, vous l’aurez compris, on ne s’ennuie pas une seconde, attentif à la moindre réaction ou atrocité perpétrée à l’écran, dans ce délire narratif sans morale, des plus efficaces et prenants qui soit...

C.LB



 
 
 
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